Gérard Berréby, Comme une Neptune

Tout ce qui reste

S’habillant en déesse pour saluer Marisa Cor­nejo, Gérard Ber­réby pra­tique — en pois­son volant — la poé­sie du zig dans le zag. Chaque vers comme une vague est l’occasion de quelques pépites même lorsqu’il s’agit de par­ler — sans doute ? — de quelques amours (presque) ratées : « Te souviens-tu com­ment nous / ne l’avons pas fait ? / Phé­no­mènes /cosmiques / extra­or­di­naires /Artiste sans cura­teur /Rêve de per­for­mance et /d’allaitement ». L’hommage ne se contente en rien de la com­ponc­tion d’usage du « fine usage » de l’amour cour­tois. Pas plus d’ailleurs de por­no­gra­phie. L’auteur nour­rit d’autres buts.
Ce qui paraît féé­rique afin de dres­ser un temps mytho­lo­gique scin­tille de flam­mèches allu­sives pour dégros­sir et tailler une stèle non de marbre mais de vie à Marisa belle reine chi­lienne des songes et à qui il suf­fit d’imaginer et ins­til­ler quelques tro­phées, T-Shirt ou restes pour mettre en trilles le monde plu­tôt que de l’étriller tout en pro­po­sant sa critique.

Jouant les alouettes avec un iota de cou­cous, l’auteur (incon­solé ?) en dis­ciple de Matta et de Vanei­geim enfile une « jupe para­chute ». En une mise en abyme, elle fait de lui « la femme la fian­cée / la maî­tresse d’un jeune Juif / De l’autre côté du monde ». Le tissu de cette robe n’est pas de bure car nul besoin de jus­ti­fier d’éventuelles souf­frances endu­rées. Le poète porte l’eau de la mer en écume des jours en rap­ports poly­pho­niques.
His­toire , coûte que coûte, de faire main basse sur ce qui — chez son sujet plus qu’objet — lui importe le plus et fait que mots et vies se cris­tal­lisent là où la fic­tion poé­tique, méduse et mélu­sine, crée une exis­tence artis­tique plus dense que la vie, là où la parole appar­tient pour moi­tié à celui qui l’écrit et pour moi­tié à celle à qui elle s’adresse.

jean-paul gavard-perret

Gérard Ber­réby ‚  Comme une Nep­tune  avec 6 pho­to­gra­phies extraites de la série Nomad Shrine, 1996–2015 de Marisa Cor­nejo, art&fiction edi­tions, Lau­sanne, 2017, paru­tion début décembre.

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