Jean-Marie Périer, Designers & OpenEye

Jean-Marie Périer le mal-aimé à l’épreuve du temps

Jean-Marie Per­ier a dû payer long­temps son sta­tut de “pho­to­graphe des yéyés” et de direc­teur artis­tique impli­cite de la revue Salut Les Copains. Le temps a fait son che­min et l’artiste est sorti pro­gres­si­ve­ment du pur­ga­toire dans lequel la répro­ba­tion des “purs” esthètes l’avait ostra­cisé. Il est vrai que les maîtres à pen­ser de l’esthétisme se prennent sou­vent pour des méta­phy­si­ciens (ratés) comme si l’art plas­tique deve­nait pour eux une science qui cher­chait ses preuves moins en son dedans qu’au dehors. Ils font de la pho­to­gra­phie une “ vue de l’esprit ” alors qu’elle n’est que ce qu’en “ montre ” Jean-Marie Per­ier : est une affaire de plai­sir sans nuance et de sil­houettes vives.
Ceux qu’il a mis en évi­dence étaient sou­vent trai­tés d’animaux plus ou moins malades de la peste d’une célé­brité fre­la­tée. Or ils demeurent pré­sents. Jean-Marie Périer contri­bue à leur endu­rance dans des prises qui se met­taient et se mettent à leur ser­vice. C’est parce qu’il ne pré­ten­dait pas à faire œuvre que son tra­vail “modeste” tra­verse le temps. Il est même devenu un lan­gage plus qu’un style. Un lan­gage amou­reux de son sujet et non de lui-même. Nour­ris de rêves papillons que le savoir-faire par­fume, l’artiste a crée un uni­vers à l’épreuve du temps.

Chan­teurs et chan­teuses, artistes, grands cou­tu­riers sont pré­sents là où les ambi­guï­tés : cause/effet, essence/apparence sont méta­mor­pho­sés sans pompes super­fé­ta­toires. Cela per­met le saut au-delà d’un temps compté vers une sorte d’éternité que le style de tels cli­chés a su créer. La“ mytho­gra­phie ” pre­mière évo­quée par ceux qui émet­taient bien des doutes est deve­nue mytho­lo­gie là où le réa­lisme se rap­proche d’une forme poé­tique.
Le mode appa­rem­ment mineur de la pho­to­gra­phie met notre mémoire en mou­ve­ment. Preuve que des pré­sences demeurent dans une ver­ti­ca­lité au-delà des époques que le (faux) dilet­tante a su et sait capter.

jean-paul gavard-perret

- Desi­gners by Jean-Marie Périer,The Lit­tle Black Gal­lery, Londres, jusqu’au 24 octobre 2017.
- Jean-Marie Périer, revue Ope­nEye, n°3, Paris, 2017.

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