Maurice Level, La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants

Une réha­bi­li­ta­tion bienvenue 

Les Aven­tu­riers de l’Art perdu et La Clef d’argent s’associent pour pro­po­ser la col­lec­tion Ter­reurs anciennes, des récits fan­tas­tiques ou ter­ri­fiants, d’hier et d’avant-hier. Après Trains de cau­che­mar, une antho­lo­gie de 26 textes d’épouvante et d’insolites fer­ro­viaires, ils pro­posent La Peur et autres contes cruels, fan­tas­tiques et ter­ri­fiants de Mau­rice Level.
Alors qu’on attend avec impa­tience que nombre des “gugusses” de toutes natures, qui occupent aujourd’hui le devant de la scène, sombrent dans le gouffre de l’oubli, on regrette que l’œuvre de cer­taines per­sonnes soit oubliée. C’est le cas de celle de Mau­rice Level, conteur et jour­na­liste qui, de 1901 à 1926, a livré une œuvre pro­téi­forme au suc­cès consi­dé­rable, des textes tra­duits, dès leur paru­tion, dans de nom­breuses langues telles que l’anglais, l’américain dans la mythique revue Weird Tales, le por­tu­gais, l’italien, le sué­dois, le fin­nois… Il reven­dique quelque 1 500 contes allant de la ter­reur à l’humour en pas­sant par le récit sen­ti­men­tal et fan­tas­tique.
Le pré­sent recueil, qui regroupe dix nou­velles, s’inscrit dans un cou­rant de réha­bi­li­ta­tion de l’œuvre de cet auteur, une œuvre qui vaut le détour à l’instar de celle d’un Mau­pas­sant et d’un Poe. Des contes sont réédi­tés régu­liè­re­ment aux États-Unis.

Dans La Peur, le conte qui ouvre le recueil et lui donne son titre à l’anthologie, le nar­ra­teur est pro­cu­reur de la Répu­blique. Il recueille les aveux d’un homme mou­rant qui avoue être un meur­trier. Ce sont les cir­cons­tances du crime et les moti­va­tions qui struc­turent ce récit datant de ses débuts en écri­ture. L’Aveugle met en scène un non-voyant et Louise, son épouse depuis cinq ans. S’il aime cette jeune femme, confiée par ses parents avant de décé­der, Louise sup­porte mal de vivre avec cet homme, pré­ve­nant, mais vieillis­sant. Le Fou raconte à l’homme qu’il vient de sau­ver les cir­cons­tances qui l’ont amené à se reti­rer du monde, à vivre en dehors de ses sem­blables.
On, relate la mon­tée de l’angoisse chez un homme retiré dans une mai­son près de la mer et les effets que peuvent pro­duire la super­sti­tion. La Pho­to­gra­phie est un petit bijou de passe-passe nar­ra­tif, alors que L’Allée est un récit où le cynisme est roi. À neuf mille sept cents mètres est l’altitude atteint par une mont­gol­fière où jouent les défi­ciences qui résulte d’une telle alti­tude sans équi­pe­ments appro­priés. La femme décrite dans La Bonne mère est à évi­ter et Babel donne dans le sur­na­tu­rel comme Le Tigre du major Atkin­son.

Le recueil s’ouvre avec une intro­duc­tion éru­dite de Phi­lippe Gon­tier et chaque texte est suivi par un ensemble de notes qui situent le contexte, l’origine, la paru­tion et les ana­lo­gies qui peuvent appa­raître avec des contes de l’auteur ou d’autres auteurs. Il est com­plété par une biblio­gra­phie due à Jean-Luc Buard, où cet infa­ti­gable tra­queur recense les dif­fé­rentes paru­tions, tra­duc­tions. Quelques pages ter­minent ce recueil avec des témoi­gnages des contem­po­rains de l’auteur comme Colette, Paul Reboux…
On ne peut que sou­hai­ter voir cette col­lec­tion s’étoffer, rendre acces­sible ces auteurs anciens dont l’œuvre mérite d’être mieux connue. On peut se pro­cu­rer ces livres, et bien d’autres tout aussi savou­reux, sur le site www.clef-argent.org

serge per­raud

Mau­rice Level, La Peur et autres contes cruels, fan­tas­tiques et ter­ri­fiants, Les Aven­tu­riers de l’Art perdu et La Clef d’argent, Col­lec­tion “Ter­reurs anciennes”, juin 2017, 122 p. – 9,00 €.

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