Dominique Dyens, Cet autre amour

Les interdit(e)s

L’amour ne pré­vient pas. Il prend au dépourvu. Par­fois au moment où on l’attend le moins, voire plus du tout. Tel est le sens d’un roman qui raconte une his­toire « anor­male » et incroyable. Elle sur­prend ceux qui y suc­combent. Com­ment pourraient-ils faire autre­ment ? Inutile de résis­ter. Tout paraît une évi­dence exis­ten­tielle. Et pour­tant, elle déroge à toute règle voire même à la déon­to­lo­gie — au moins pour un des par­te­naires. Il s’agit en effet de l’amour entre un psy et sa « cliente ». Dès lors com­mence une double vie : l’une est conju­gale, heu­reuse, recon­nue, l’autre tout aussi pleine mais plus intime, secrète au moment où la patiente est entrée en thé­ra­pie suite à un choc émo­tion­nel violent.
Avec pudeur, cru­dité et vérité l’auteure écrit une aven­ture affec­tive mais aussi intel­lec­tuelle et phy­sique qui dépasse le champ de la science psy­cha­na­ly­tique pour rame­ner à une situa­tion plus large. Celle que cha­cun peut un jour connaître avec un être qui le sub­jugue. Et réci­pro­que­ment. On est loin alors du tout effet bou­le­var­dier. Il n’existe plus de domi­nant et de dominé. Cha­cun est épris. Epris et dépassé non parce que, avant, il y eut une absence d’amour, mais parce que sou­dain vient s’en gref­fer une autre qui com­plète et sub­sume la première.

Il s’agit par­fois de faire avec. Trou­ver pour l’héroïne le moyen de pré­ser­ver l’un tout en com­blant l’autre de tout ce qu’elle lui donne et qu’elle reçoit en retour. L’histoire est à la fois simple et com­pli­quée. Elle ne va pas sans larmes. Elles ne sont pas toutes du même tabac dans cet entre-deux où il faut par­fois et sym­bo­li­que­ment pré­pa­rer pour l’un un repas qui pré­pare à l’amour avec l’autre. Le tout est de savoir pas­ser entre ces larmes. Ce qui n’est pas sans pro­blèmes tant l’émotion est grande.
La morale n’a plus rien à voir en une telle his­toire. Celle-ci est au-delà. Et sur­tout elle est belle dans son anor­ma­lité, son déca­lage. Rien ne peut se dire ou s’expliquer au-delà du cercle des deux amants. L’une paraît si jeune et belle, l’autre touche à la vieillesse. D’où la fameuse ques­tion : que peuvent-ils faire ensemble ? Mais ce qui se passe entre eux dépasse les racon­tars que les gri­biches et grin­cheux aiment à colporter.

L’his­toire est forte. Elle dit le désir, le plai­sir, l’entente presque abso­lue. Il suf­fit qu’une jupe indique une cer­taine ouver­ture pour qu’émotions et pen­sées — en s’y engouf­frant — dépassent les plai­sirs sen­suels. Y suc­com­ber est par­fait mais pour le monde par­fai­te­ment incon­gru. Qu’importe si cha­cun, à la fois lucide et envahi, res­pec­tueux des autres — en dépit des appa­rences, des règles, des jalou­sies — ose (enfin ?) vivre sa vie. L’orgasme ne dure plus qu’un ins­tant : il englou­tit. Que faire alors sinon pour­suivre dans l’évidence d’exister? Certes, il s’agit de jouer du temps, de la patience et sou­vent de l’absence. A ce point, trom­per n’est pas le mot qui convient. Pas­ser à tra­vers les « conven­tions » per­met d’atteindre la sola­rité. L’auteure nous rap­pelle qu’il ne faut pas la rater. C’est socia­le­ment incor­rect. Mais seuls celles et ceux qui sont pas­sés par là savent ce que c’est que d’aimer.

jean-paul gavard-perret

Domi­nique Dyens,  Cet autre amour, Robert Laf­font, Paris, 2017,  234 p. — 18,00 €.

3 Comments

Filed under Romans

3 Responses to Dominique Dyens, Cet autre amour

  1. Anne Marie Carreira

    Superbe article !
    Com­ment res­ter insen­sible à une his­toire si belle !

    Comme le dit si bien JPGP , seuls celles et ceux qui sont passé par là savent ce que cest que d’aimer.

  2. Pingback: Cet autre amour – Ma collection de livres

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