Zidrou & Jordi Lafebre, Les beaux étés — t.3 : “Mam’zelle Estérel”

Des tranches de vie 

Zidrou a entre­pris de racon­ter Les beaux étés des Fal­dé­rault, une famille belge, ces périodes riches et intenses que sont les vacances. Après Cap au sud !, qui relate celles vécues en 1973, La Calanque en 1969, le scé­na­riste revient sur celles de l’année 1962 avec Mam’zelle Esté­rel.

C’
est à contre­cœur que Pierre et Made­leine, main­te­nant en retraite, vendent leur 4L. C’est l’occasion, pour le couple, de se remé­mo­rer leurs pre­mières vacances avec la 4L Luxe 6 glaces, 27 ch., 747 cm3 de 1962 offerte par le père de la jeune femme. Ils sont par­tis en retard car Pierre avait des planches de BD à finir. Pour remer­cier Henry et Yvette, ses beaux-parents, de leur geste Pierre les a invi­tés à venir avec eux. Ils partent donc… à Saint-Étienne parce que c’est là que Gros-papy, comme l’appelle Julie leur petite fille, a appris son métier de cha­pe­lier lorsqu’il était réfu­gié pen­dant la Seconde Guerre mon­diale.
Mais Yvette, une maî­tresse femme, ne jure que par le guide Miche­lin. Elle impose des haltes en fonc­tion des recom­man­da­tions du guide que ce soit pour les res­tau­rants, les hôtels, les visites… Made­leine et Pierre rêvent de pique-niques et de cam­ping. Parce que Gros-Papy a fait une alerte car­diaque, elle contraint son époux à un régime ali­men­taire sévère, régime que les autres membres du groupe doivent suivre mal­gré eux. Pas ques­tion de frites pour accom­pa­gner les moules !
Si Pierre sup­porte assez bien cette tyran­nie, Made­leine se rebiffe et…

Avec cette série, Zidrou s’attache aux moments simples de la vie dans un cadre dif­fé­rent de l’existence quo­ti­dienne ryth­mée par le bou­lot, sa recherche ou son main­tien. Il mêle joie et tris­tesse dans une série d’anecdotes toutes plus huma­nistes les uns que les autres, pri­vi­lé­giant l’émotion, les sen­ti­ments dans des situa­tions où le comique côtoie l’inquiétude. Il fait vivre les sou­cis fami­liaux, la mésen­tente des parents, les pro­blèmes de santé des proches. C’est l’émotion à fleur de peau.
Il reprend quelques fon­da­men­taux comme le des­si­na­teur qui est tou­jours en retard pour la livrai­son de ses planches. Avec Yvette, il dépeint la belle-mère tyran­nique pen­sant œuvrer pour le bien de tout le monde, ayant suf­fi­sam­ment de tonus et de rigi­dité pour impo­ser ses choix mal­gré des accès de révolte de l’un ou l’autre des bri­més. Cepen­dant, en fin connais­seur de la nature humaine, il montre les revers de la médaille, les cha­grins, les cas­sures que des proches ignorent et qui expliquent des attitudes.

Jordi Lafebre offre un des­sin mi-réaliste, mi-caricatural du plus bel effet. Il met en images cette famille, détaille avec bon­heur les expres­sions, les atti­tudes, croque l’instant, le regard, l’étincelle qui fait vibrer une situa­tion. Aidé de Mado Peńa, il réa­lise une mise en cou­leur très agréable à l’œil, retrou­vant les teintes à la mode dans le début des années 1960.
Ce troi­sième tome conforte tout l’attrait que l’on peut avoir pour cette série, l’empathie pour cette famille, pour ces chro­niques douces-amères en une suite d’anecdotes. L’annonce d’un pro­chain tome au titre inter­ro­ga­teur : Le Repos du guer­rier laisse augu­rer d’un bon moment de lecture.

serge per­raud

Zidrou (scé­na­rio), Jordi Lafebre (des­sin), Jordi Lafebre & Mado Peńa (cou­leur), Les beaux étés, t. 3:  “Mam’zelle Esté­rel”, Dar­gaud, juin 2017, 48 p. – 13,99 €.

 

 

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