Cédric Le Penven, Joachim

Deve­nir père

On connaît les affres de la mater­nité. Beau­coup moins celles de la pater­nité. Cela ne « fait » sans doute pas assez suf­fi­sam­ment viril. D’où cette pudeur appa­rente qui devient la « cou­vade » de cer­tains futurs pater­nants. D’où aussi la ques­tion qui taraude l’auteur : « sur le point de deve­nir père / qu’aurai-je à don­ner /à cet enfant sans nom / moi qui sais que mon visage / ne me res­semble pas / que je passe des nuit / à par­ler avec un double ».
Cette peur ini­tiale est accen­tuée ici par le fait que l’enfant espéré a mis du temps à venir. Sans doute parce que le moment n’était pas encore le « bon ». Il faut en effet du temps : celui d’effacer de vieilles images pour être à la hau­teur d’un tel évé­ne­ment et l’histoire ori­gi­nale qu’il engage. D’une cer­taine façon, il se mérite tant il sup­pose de fra­gi­lité et de bou­le­ver­se­ment que tra­duisent dans le texte les glis­se­ments pro­no­mi­naux et plus loin par un lieu sym­bo­lique de l’intime et de la gestation.

Tout le livre per­met de mon­trer com­ment le monde se crée une fois qu’un cer­tain apai­se­ment le per­met. Dès lors, un élan est pos­sible à l’existence, comme à la poé­sie. Ou mieux : à la poé­sie de l’existence dans une scan­sion qui touche à une sorte de ful­gu­rance.
Lire les mots revient à res­ter stu­pé­fait comme face au mys­tère de la nais­sance et ce qu’elle « enfante ». Il faut se mettre au ser­vice de celle-ci, à la remorque de son élan afin d’oublier une vie pour faire place à une autre.

jean-paul gavard-perret

Cédric Le Pen­ven,  Joa­chim, Edi­tions Unes, Nice, 2017, 112 p.  — 29,00 €.

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