Jan Karski (Mon nom est une fiction) ( Yannick Haenel / Arthur Nauzyciel)

Montrer l’impossibilité de montrer 

On entend une voix. Elle psal­mo­die un récit en polo­nais, tan­dis que le visage en gros plan de la sta­tue de la liberté occupe le fond de scène, en grand for­mat. Il ya un dia­logue, qui est mar­qué par une grave incom­pré­hen­sion. Puis il s’agit d’un tour­nage. On assiste au long mono­logue d’un met­teur en scène qui raconte son entre­prise de pré­sen­ta­tion de l’itinéraire de Jan Karski : l’émissaire de la résis­tance juive et polo­naise se vit éperdu dans sa ten­ta­tive de témoi­gnage sur la Shoah. 
Le théâtre raconte un acteur ; son long mono­logue parle du cinéma, qui ren­voie à des situa­tions, les­quelles évoquent en creux le spectre de la des­truc­tion. Le spec­tacle met long­temps à s’inscrire sur ces décombres, qui ne cessent de signi­fier le non-sens ; de l’inhumain sans doute ne sait-on rien, c’en est déjà trop.

Bien sûr il s’agit de mon­trer l’impossibilité de mon­trer ; pour­tant on assiste à un témoi­gnage qui ne s’impose pas sur scène. Sa théâ­tra­li­sa­tion ne paraît en effet pas jus­ti­fiée. On s’enfonce certes dans le cou­loir de la dou­leur inau­dible. L’ultime expres­sion de l’horreur exprime l’impossibilité d’entendre. La repré­sen­ta­tion montre la soli­tude de Jan Karski, dont le périple pour­rait l’ouvrir au monde, mais ne fait que le confron­ter à la pesan­teur d’un réel imper­méable à son pro­pos.
Le spec­tacle est essen­tiel­le­ment audi­tif ; aucun prin­cipe de foca­li­sa­tion ne vient cris­tal­li­ser l’attention du spec­ta­teur.  Il en résulte un ache­mi­ne­ment vers le verbe sans voix ; un mes­sage qui se perd entre son émis­sion impé­rieuse et sa récep­tion insi­dieu­se­ment impossible.

A la fin du spec­tacle on assiste à une forme de recon­nais­sance de l’irréalisable : les images per­sis­tantes de l’agonie sans fin des vic­times confirment l’irrémédiable dif­fi­culté de mettre en situa­tion l’indicible.

chris­tophe giolito

Jan Karski (Mon nom est une fiction)

d’après le roman de Yan­nick Haenel

mise en scène Arthur Nauzyciel

avec

Manon Grei­ner, Arthur Nau­zy­ciel, Laurent Poitrenaux

et la voix de Marthe Keller

Vidéo Miros­law Balka ; musique Chris­tian Fen­nesz ; décor Ric­cardo Her­nan­dez ; assisté de James Bran­dily ; lumières Scott Zie­linski ; regard et cho­ré­gra­phie Damien Jalet ; son Xavier Jac­quot ; cos­tumes José Lévy assisté de Géral­dine Crespo.

Au théâtre de la Colline,

15 rue Malte-Brun
Paris 75020
01 44 62 52 52

du 8 au 18 juin 2017

du mer­credi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30

Grand Théâtre Durée 2h40

Tour­née

Le spec­tacle a été créé le 6 juillet 2011 au Fes­ti­val d’Avignon.
Il a reçu le prix Georges-Lerminier du Syn­di­cat de la cri­tique pour la sai­son 2011/2012 et Laurent Poi­tre­naux a reçu le prix Beau­mar­chais du Figaro en 2012 pour son rôle dans le spectacle.

 

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