Richard Millet, La nouvelle Dolorès — Rentrée 2017

Le livre des désillusions

Repre­nant son double roma­nesque (Pas­cal Bugeaud), Richard Millet pro­pose une auto­bio­gra­phie rêvée. Là où une ren­contre amou­reuse d’une femme « qui donne la vie et détient la clé des morts » pou­vait lais­ser espé­rer une vieillesse paci­fiée, tout menace encore de s’effondrer. Non seule­ment dans sa vie sociale ( c’est fait) mais ausis dans l’existence amou­reuse du héros.
Dans une sorte de tri­angle amou­reux dont l’arrangement sem­ble­rait pou­voir s’agencer tout va res­ter ban­cal. Face au héros, il n’y aura pas seule­ment la femme aimée mais sa fille qui devient à la fois une Lolita et son contraire. Dans les bagages d’un monde devenu ana­chro­nique, le retour de cette jeune fille Vio­laine — comme aurait dit Paul Clau­del — invite à cir­cu­ler de case en case sinon dans l’émerveillement d’une marelle du moins en un man­dala. Il n’incline pas for­cé­ment à l’innocence. Les pro­ta­go­nistes ne le sont pas. Mais ils ne sont en rien des monstres. Dans les inad­ver­tances de la pro­mis­cuité, l’histoire s’essaime en plu­riel et tumulte en ne tom­bant jamais dans le mari­vau­dage. Ce n’est en effet pas dans le genre de l’auteur.

Entre amal­game et chi­mère, il y a moins de place pour la fan­tai­sie que pour la gra­vité. Cha­cun (même le héros) devra res­ter lui-même dans cette col­lec­ti­vité sin­gu­lière. Ce qui est com­plexe est néan­moins écrit avec lim­pi­dité jusqu’au dénoue­ment final. Le roman recèle peu d’espoir. Il est de ce fait dans la « cou­leur » de son auteur depuis quelques années.  Tuer, Pro­vince et même le beau et ori­gi­nal Pour Ber­nard Menez l’illustraient récem­ment comme son jour­nal dans « La Revue Lit­té­raire ».
La misan­thro­pie de l’auteur trouve ici moins une sor­tie de secours qu’une voie sans issue. Mais là où nul ne pavoise s’inscrit une his­toire forte de l’existence. En un cer­tain lissé, ce qui s’essaime, les pro­ta­go­nistes le com­prennent : cer­taines choses s’effondreraient dès qu’elles seraient tou­chées. Et la clé du livre le prouve dans la cou­leur noire et au sein même d’une impos­si­bi­lité que les deux adultes n’avaient pas imaginée.

jean-paul gavard-perret

Richard Millet,  La nou­velle Dolo­rès, Edi­tions Léo Scheer, Paris, 210 p. — 18,00 €.  A paraître le 6 septembre.

 

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