Le Testament de Marie (Colm Tóibín / Deborah Warner)

Un évan­gile formaliste 

Sur le pla­teau, le public peut déam­bu­ler autour d’une relique, entou­rée de cierges, consti­tuant comme un mau­so­lée de verre. La vierge s’anime, le décor s’épure : la pro­ces­sion n’est plus de mise, la vitrine et l’arbre sus­pendu dis­pa­raissent, l’icône devient vivante dou­ce­ment. Tout appa­raît assez vite dans sa cru­dité : la scène et la conteuse.
Dans ce décor mini­ma­liste, ses dires se pré­sentent avec sim­pli­cité comme les confi­dences d’une per­sonne tout ébau­bie. Inter­dite, elle témoigne entre admi­ra­tion et incré­du­lité. Le texte se pré­sente comme la confes­sion can­dide d’une mère modeste, sai­sie dans sa vie quo­ti­dienne. Son ton est celui d’une luci­dité pro­saïque sur les situa­tions qui se pré­sentent. Bien sûr, elle parle sur­tout des actes de son fils, qui révèlent un cha­risme peu commun.

Le pro­pos s’efforce de prendre à rebours le sacré et son cor­tège de mer­veilles, pour res­ti­tuer l’étonnement sin­cère, laïque, volon­tai­re­ment can­dide, d’une femme simple qui ne peut se déta­cher de cet extra­or­di­naire qui se déroule sous ses yeux. On assiste à une pré­sen­ta­tion élé­men­taire, presque des­crip­tive, de l’épopée de Jésus et de ses com­pa­gnons. Domi­nique Blanc a en charge non seule­ment le texte, mais encore l’espace occupé seule­ment par quelques acces­soires.
Quelques paroles justes résonnent dans ce mono­logue, mais le pro­pos reste ténu, confi­nant au for­ma­lisme, parce qu’il ne par­vient pas à impo­ser sa consis­tance et reste fina­le­ment peu édi­fiant. Les confes­sions de la mère du nou­veau pro­phète deviennent assez vite une litur­gie, dans la mesure où elles pro­duisent mal­gré elles comme une hagio­gra­phie, voire un évangile.

chris­tophe giolito

 

Le Tes­ta­ment de Marie

de Colm Tóibín

mise en scène Debo­rah Warner

Scé­no­gra­phie ori­gi­nale Tom Pye ; colla­bo­ra­tion à la scé­no­gra­phie Jus­tin Nar­della ; Lumière Jean Kal­man ; costumes Chloé Obo­lensky ; musique, son Mel Mer­cier ; assis­tante mise en scène Ali­son Hornus.

Au théâtre de l’Odéon, du 5mai au 3 juin 2017, 75006 Paris, à 20h.

Durée esti­mée du spec­tacle : 1h20

Copro­duc­tion Comédie-Française / Odéon-Théâtre de l’Europe

Le Tes­ta­ment de Marie a été pré­senté pour la pre­mière fois à Broad­way le 26 mars 2013 au Wal­ter Kerr Thea­ter, puis au Bar­bi­can Theatre de Londres en mai 2014, dans une mise en scène de Debo­rah War­ner inter­pré­tée par Fiona Shaw.

La créa­tion ori­gi­nale de Broad­way a été pro­duite par Scott Rudin Pro­duc­tions. Com­mande du Dublin Theatre Fes­ti­val et de Land­mark Pro­duc­tions, avec le sou­tien du Irish Theatre Trust.

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