Vincent Delecroix, La Chaussure sur le toit

Un roman ori­gi­nal qui pro­pose de suivre, en guise de fil conduc­teur, ce qu’une chaus­sure aban­don­née peut pro­vo­quer chez des per­sonnes très différentes

Une chaus­sure sur le toit ? Rien de très inté­res­sant pen­se­ront beau­coup. Pas de quoi en faire toute une his­toire ajou­te­ront même cer­tains. Et pour­tant, vous serez sur­pris de voir tout ce qu’on peut ima­gi­ner à par­tir d’une simple chaus­sure lais­sée là, sur le toit de l’immeuble d’en face. Une simple chaus­sure, même pas un mocas­sin ita­lien en cuir, fait à la main… Non, non, une chaus­sure on ne peut plus banale qui va bou­le­ver­ser le quo­ti­dien de nombre de per­sonnes, toutes très dif­fé­rentes les unes des autres, ayant pour seul point com­mun d’habiter le même immeuble.

Point de départ d’une ima­gi­na­tion débor­dante, l’auteur nous emmène au fil d’histoires tour à tour émou­vantes, tristes, ori­gi­nales, drôles, dans un uni­vers paral­lèle où tout tourne autour d’une chaus­sure qui cher­cher déses­pé­ré­ment un pied sur lequel se poser… Un père qui cherche juste à ren­dor­mir sa petite fille, un ancien amant écon­duit mort de jalou­sie, un jeune homme transi d’amour pour sa Cen­drillon, une vieille femme, veuve, qui se sent seule au monde, un clan­des­tin, un écri­vain à suc­cès dépres­sif ayant pour seul ami son chien… tous vont se croi­ser sans jamais se ren­con­trer, et tous vont peu à peu se retrou­ver face à cette chaus­sure mys­té­rieuse qui semble tom­ber du ciel et n’appartenir à per­sonne. Alors cha­cun y va de sa petite his­toire, de son expli­ca­tion sur cet objet mar­chant non iden­ti­fié, bou­le­ver­sant le lec­teur ou le pous­sant à s’évader, à rêver jusqu’à finir par envier de se réveiller un beau matin et de décou­vrir une chaus­sure aban­don­née sur le toit d’en face.

Vincent Dele­croix a ce côté génial de trans­for­mer une chose très banale de prime abord en conte de fées ou en une his­toire au goût amer tant elle se mêle à une triste réa­lité. Une mul­ti­tude d’histoires, des per­son­nages tout aussi divers, des atmo­sphères très oppo­sées alors que tous vivent “sous le même toit” et se par­tagent une chaus­sure. Un livre très ori­gi­nal qui, contrai­re­ment à un recueil de nou­velles, repose sur un fil conduc­teur et une même archi­tec­ture, lais­sant ainsi le loi­sir au lec­teur de choi­sir sa propre his­toire, celle qui l’a le plus ému, tou­ché, celle dans laquelle il s’est reconnu et qui lui semble être la vraie rai­son de la pré­sence de cette chaus­sure, objet de tant de ques­tions, de convoi­tise, de mal­en­ten­dus. À cha­cun son his­toire, son per­son­nage, son émo­tion, son héros ou sa tête à claque.

Roman dérou­tant, his­toires ori­gi­nales, lec­ture per­tur­bante par son aspect délié, La Chaus­sure sur le toit ne manque pas d’étonner, de sur­prendre, et ne peut lais­ser indif­fé­rent, ce qui est déjà une grande qua­lité pour un roman. Néan­moins, Vincent Dele­croix se livre à un exer­cice dif­fi­cile et dan­ge­reux car chaque his­toire dévoile un monde dif­fé­rent qui peut en las­ser cer­tains, ten­tés de quit­ter la lec­ture après une ou deux aven­tures qui leur auraient déplu. Écri­ture à double tran­chant, certes, mais que l’auteur a su manier avec beau­coup d’habilité qui ne fait qu’aviver la curio­sité du lec­teur. Une œuvre qui a le mérite de nous mon­trer que chaque petite chose à sa place, même ce qui peut nous sem­bler banal au plus haut point et qu’à l’origine d’un détail insi­gni­fiant peut se trou­ver une très belle histoire.

v. cher­rier

   
 

Vincent Dele­croix, La Chaus­sure sur le toit, Gal­li­mard coll. “Blanche”, juillet 2007, 224 p. — 16,00 €.

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