Louis-Stéphane Ulysse, La Fondation Popa

Le sep­tième roman de L.-S Ulysse pro­pose une odys­sée sur­réa­liste, déca­lée, bur­lesque dans le milieu de l’art contemporain

Dans son sep­tième roman édité aux édi­tions du Panama (on ne peut rêver mieux), Louis-Stéphane Ulysse nous pro­pose une odys­sée com­plè­te­ment sur­réa­liste, déca­lée, bur­lesque dans le milieu de l’art contem­po­rain. Le livre lui-même est un vrai appel au voyage avec sa cou­ver­ture Pop Art en charges orange sur champ blanc. Nor­mal me direz-vous, c’est du Panama ! Un peu d’histoire édi­to­riale au pas­sage.… En 2005 les édi­tions du Panama (en hom­mage au poème de Blaise Cen­drars : Le Panama ou mes 7 oncles d’Amérique) sont annon­cées comme le lan­ce­ment de l’année. L’initiateur de ce pari est Jacques Binsz­tok, une des figures his­to­rique du Seuil, qui vient de démis­sion­ner après le rachat de ces mêmes édi­tions par le groupe La Mar­ti­nière. Damien Serieyx et trois autres anciens de la mai­son le suivent aus­si­tôt dans l’aventure. Leur gageure : pri­vi­lé­gier la poli­tique d’auteurs avec une pro­duc­tion res­treinte mais diver­si­fiée. En pro­fes­sion­nels de l’édition et spé­cia­listes de l’image, ils n’ignorent rien de l’importance de la ligne gra­phique et plus par­ti­cu­liè­re­ment l’attraction qu’exerce la cou­ver­ture sur le cha­land. Le résul­tat ? Des livres-objets qui inter­pellent le regard et en imposent sur l’étal du libraire.
 
Reve­nons sur le fond. Il est des plus brillants. Les trois cents et quelques pages se lisent d’une traite tant le style de L.-S.Ulysse est affûté et sa prose “ligne claire” dépour­vue de fio­ri­tures. Le pro­pos par contre est beau­coup plus flam­boyant et ce pour notre plus grand plai­sir. Imaginez-vous dans la fon­da­tion de Metz­ler Popa, le plus grand artiste du XXe siècle, le double fan­tasmé du mythique Andy Warhol, en com­pa­gnie de Madame Pom­pi­dou, de peintres trans­sexuels, d’artistes chi­liens affa­més dont le but ultime est de faire de leur vie une œuvre d’art…
Et Madame Pom­pi­dou eut cette idée-là aussi. Les rési­dents qui n’étaient pas chi­liens atten­daient sous le saule, en rangs com­pacts, la mine grave, pour la plu­part, et il y eut des applau­dis­se­ments four­nis lorsque Simon tira sur la bâche, lais­sant appa­raître une sta­tue de bronze dédiée au Petit Chi­lien inconnu. Le Chi­lien avan­çait vaillam­ment, tête au vent, mal­gré les plis de son pon­cho de bronze pesant plu­sieurs kilos, le visage à la fois ingrat et gouailleur, bras tendu face à son ave­nir incer­tain, une grosse cuisse de pou­let à la main ten­due vers le ciel.
 
Ajou­tez du rock, un rythme d’écriture offen­sif, de l’humour à chaque page. Nous nous pro­me­nons dans les jar­dins de la MRAD, la mai­son de repos pour les artistes dérangés :
- Et celui-là ? demande l’avocat, que veut-il exac­te­ment avec son bidet qu’il tient à pleines mains ?
- Oh lui c’est bien simple, il estime que Mar­cel Duchamp lui a déjà volé son uri­noir pour en faire une œuvre d’art. Il a peur que Duchamp ne revienne lui déro­ber d’autres objets dans sa salle de bains.
- Mais Duchamp est mort ?
- A priori, oui.
 
Un uni­vers décalé où l’on ren­contre Buddy Holly le pion­nier du rock’n roll, Yma Sumac la chan­teuse péru­vienne, Charles Tre­net et bien d’autres. Ça fleure Vian à plein nez, la pata­phy­sique de Jarry à Que­neau, c’est un jar­din des mer­veilles, une enclave de folie douce. Où se lit le vrai, où se terre le faux ? Car La Fon­da­tion Popa est aussi un livre sur la créa­tion, sur le regard que l’on porte sur celle-ci. Com­ment se réin­ven­ter, com­ment s’oublier pour de nou­veau pro­gres­ser ? Que devient l’artiste qui perd la mémoire ? d’où regarde-t-il, d’où parle-t-il ?
Bref ; si vous aimez les éner­gu­mènes, les excen­triques, si les gens qui “sont dans leur truc” vous intriguent, si les situa­tions absurdes vous mettent à l’aise, si les réflexions sur la créa­tion vous inté­ressent, La Fon­da­tion sympa est un livre Popa comme tout qu’il vous faut découvrir. 

cedric beal

   
 

 Louis-Stéphane Ulysse, La Fon­da­tion Popa, édi­tions du Panama, jan­vier 2007, 320 p. — 17,00 €.

 
     
 

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