Nicolas Pesquès, Sans peinture

L’appren­tis­sage

Dans La face nord de Juliau, Cinq et La Face nord de Juliau, Six (Edi­tions André Dimanche), Nico­las Pes­quès, expli­quait com­ment — presque contraint et forcé – il eut devant-lui le mont Juliau depuis sa vingt-cinquième année. Le lieu imposa à son écri­ture sa loi et son pouls. Et ce, depuis 1980, date où l’écrivain entama sa conquête avec La face nord de Juliau. En a suivi une expé­rience géo­lo­gique, géo­gra­phique, archéo­lo­gique et sur­tout poé­tique. Expé­rience “infi­nie” (aurait dit Blan­chot) et dont Juliau est le motif comme la Sainte –Vic­toire le fut pour Cézanne.
Tou­te­fois, avant d’en arri­ver là exista chez l’auteur un pré-générique qu’il expose dans Sans pein­ture : “Comme tout le monde, j’ai regardé des tableaux avant de savoir lire et écrire. J’ai tou­jours regardé les cou­leurs, long­temps, incom­pré­hen­si­ble­ment. Je ne suis pas devenu peintre. ». Mais l’auteur a com­mencé à écrire afin d’aller à la pour­suite de la pein­ture et de l’effet qu’elle pro­duit sur sa sen­si­bi­lité. Ecrire est devenu un moyen écrit Pes­quès d’ « encais­ser la pein­ture, en retour­ner l’impact, en vivre les conséquence ».

Dès lors, le but paraît “simple” (d’écrire la col­line) mais tout aussi com­pli­qué.. Car il s’agit non d’écrire « sur » mais « à par­tir » d’un lieu. Donc lui consa­crer du temps “phy­si­que­ment”. Il s’agit de ques­tion­ner ce pay­sage qui peu à peu devient inté­rieur par le lan­gage et d’exprimer des liens qui vont jusqu’à ce que l’auteur nomme une “dimen­sion poli­tique”. Cette dimen­sion per­met, entre autres, de s’interroger sur le pou­voir de la parole.
Une telle ten­ta­tive revient à décrire et dé-crire non seule­ment “du” pay­sage mais un regard, une pen­sée, une phrase. C’est une fila­ture qui à par­tir d’un point géo­gra­phique (“dont tout le monde se moque” pré­cise Pes­quès) per­met de filer le monde. C’est aussi sou­le­ver les images, leurs cou­leurs pour les rem­pla­cer par d’autres voies.

Le livre de Pes­quès est donc un moyen de faire le point sur ces che­mins d’art, expri­mer « com­ment écrire et peindre se croisent, se quittent, s’accompagnent. Com­ment cha­cun sépare pour agir côte à côte, mais regarde le monde ensemble ». La pein­ture fait donc rebon­dir l’aventure poé­tique à tra­vers le “sur­jaune” du monde. Existe donc là une focale par laquelle la ques­tion de la cou­leur se déplace « vers les mots qui la disent et les yeux qui les lisent”.
De cette expé­rience “pic­tu­rale” l’auteur tire l’exploration de la tra­ver­sée des écarts en essayant de savoir ce que ces œuvres lui « veulent » et com­met com­ment elles portent vers ses propres cou­leurs « en empor­tant leur désir ».

jean-paul gavard-perret

Nico­las Pes­quès, Sans pein­ture, L’Atelier Contem­po­rain, Stras­bourg, 2017.

 

 

 

 

Leave a Comment

Filed under Poésie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>