Sylvain Runberg & Philippe Berthet, Motorcity

Un polar qui n’a rien à envier à ceux venus du froid 

L’hor­reur n’existe pas qu’au fond de forêts pro­fondes par des nuits sans lune. Elle est aussi bien rurale qu’urbaine. Avec Motor­city, Syl­vain Run­berg signe le scé­na­rio d’un pur polar mus­clé dans un pays bien propre où les popu­la­tions font preuve d’urbanité et vivent en har­mo­nie. Pour don­ner un cadre peu com­mun à son récit, il place celui-ci au cœur du mou­ve­ment rag­gare. C’est une culture spé­ci­fi­que­ment sué­doise née après la Seconde Guerre mon­diale lors de la recons­truc­tion de l’Europe par le plan Mar­shall. L’Amérique des années 1950, les voi­tures aux chromes qui scin­tillent et le rock’n’roll consti­tuent l’essence du mouvement.

Ce lundi matin, lors du tra­di­tion­nel café-briefing, le com­mis­saire pré­sente Lisa Fors­berg, nou­vel­le­ment diplô­mée de l’école de police de Stock­holm, qui rejoint les équipes. Elle revient dans sa ville natale où elle fut une ado­les­cente rebelle adepte de l’univers “rag­gare”.
Robert, un vieil ins­pec­teur est sur la piste de tra­fi­quants de can­na­bis et espère bien faire un “flag” dans pas long­temps.
Depuis la veille au soir, les parents d’Anton Wiger ont signalé la dis­pa­ri­tion de leur fils. Ils sont sans nou­velles depuis plu­sieurs jours. Le com­mis­saire désigne Erik pour s’occuper de l’affaire et pro­pose que Lisa fasse équipe avec lui. Robert se féli­cite : “Bon débar­ras s’il a dis­paru. Cette petite racaille nous emmerde depuis qu’il est môme.” Il ajoute, en sou­riant, que Lisa doit savoir qui est Anton. La visite chez les parents per­met de sai­sir le contexte et de connaître ses rela­tions. Anton n’aurait jamais man­qué le fes­ti­val Motor­city qui débute. Il a rénové sa Pon­tiac pour l’événement. Les parents livrent quelques pistes : Mag­da­lena Ens­tröm, sa petite amie, qui tra­vaille dans la phar­ma­cie de la bour­gade et Kent Nyquist, son meilleur ami, qui s’occupe de l’organisation du fes­ti­val. La jeune phar­ma­cienne n’a pas de nou­velles mais ne semble pas inquiète car il lui arrive de par­tir en virée sans pré­ve­nir per­sonne.
Peu à peu, les témoi­gnages se font trou­blants, laissent appa­raître des zones d’ombre dans la vie du garçon.

L’auteur place dans ce cadre du rag­gare une jeune femme qui a beau­coup fré­quenté ce milieu, qui connaît des indi­vi­dus qui sont encore dans cette démarche. Elle a changé d’orientation. Si elle le vivait de l’intérieur, main­te­nant c’est en tant que repré­sen­tante de l’ordre qu’elle est per­çue et traité comme telle. Et puis les secrets sont par­tout. Syl­vain Run­berg mêle adroi­te­ment un cou­rant ouvert vers la consom­ma­tion de drogues, des trau­ma­tismes qui ne demandent qu’à resur­gir, une spi­rale de la vio­lence pour signer un scé­na­rio fort au final par­ti­cu­liè­re­ment riche en rebon­dis­se­ments.
Phi­lippe Ber­thet, égal à lui-même donne un des­sin sans faute, un trait si pré­cis que chaque vignette est un tableau. Motor­city réunit une belle his­toire, un beau gra­phisme dans un bel album. Que faut-il de mieux pour qu’un lec­teur de bande des­si­née soit heureux ?

serge per­raud

Syl­vain Run­berg (scé­na­rio), Phi­lippe Ber­thet (des­sin), Domi­nique David (cou­leurs), Motor­city, Dar­gaud, jan­vier 2017, 64 p. – 14,99 €.

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