Christian Désagulier & Julia Tabakhova, Toute la lire — n° 1 et 2

Robins des mers et des continents

Superbe sur­prise que ces cahiers de « poé­gra­phie ». Ils font la part belle aux « doc­teurs en rien », tra­vailleurs de l’ombre et du soleil, bri­seurs de socles mais qui, une fois ce démon­tage effec­tué, pro­posent une vision mul­tiple de l’homme dans sa bêtise et sa gran­deur : il avance culti­vant ses jar­dins ou pré­fère dor­mir – com­plexité oblige.
Beau­coup des auteurs sont incon­nus (du moins à l’auteur de ces lignes et à part quelques brillantes excep­tions : Fré­dé­rique Guétat-Liviani, Alain Borer, Frank Smith, Jean-Marie Gleize). Ce qui n’enlève rien à leur valeur. On citera entre autres et sur­tout les Cas­sa­tions d’Alexandre Frie­de­rich, dans le numéro 1 ou  L’Atlas de mes estuaires d’écrire  de Sarah Car­ton de Gram­mont (numéro 2), deux petits chefs d’œuvre en deux genres dif­fé­rents mais tout autant incisifs.

Tout un exo­tisme (jamais traité comme tel) crée un uni­vers par­ti­cu­lier éloi­gné du mon­dia­lisme lami­neur et glané dans (entre autres) Les trou­vailles d’os dans le rift afri­cain (Chris­tian Désa­gu­lier). Les femmes qui bifurquent des berges du Rhône ou les mulâ­tresses de para­dis per­dus » ouvrent le monde par des écri­tures capables de tis­ser de nou­veaux « points » pour une autre his­toire.
L’ambition est non seule­ment louable : elle est par­fai­te­ment réus­sie. Au sein  de la mise en scène typo­gra­phique de Julia Taba­khova, tout est pas­sion­nant (seul le texte de Jean-Marie Gleize n’est pas à la hau­teur du lot). A par­tir d’expressions intimes aussi impres­sion­nantes qu’expressionnistes, le bras­sage demeure constant. Face au chaos poli­ti­que­ment orga­nisé du monde et aux vides de leurs dis­cours admis, la mobi­lité est aux manettes.

Surgissent des pro­fon­deurs du monde plus qu’un cri : des actes scrip­tu­raux qui rebon­dissent en trompes vocales. Loin des fadaises reli­gieuses et idéo­lo­giques, de telles explo­ra­tions larges azi­muts créent des mou­ve­ments autant épars a priori que joints. Tous sont adres­sés aux fous que nous sommes dans notre « matière molle ». A nous d’en faire bon usage.

lire notre entre­tien avec l’éditeur

jean-paul gavard-perret

Chris­tian Désa­gu­lier, Toute la lire– n° 1 et 2, édi­tions Ter­ra­col, 2016 —  12 & 18,00 €.

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Filed under Chapeau bas, Poésie

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