Sylvain Runberg & Miki Montllò, Warship Jolly Roger — t.3 : “Revanche”

Un superbe space opera !

Sylvain Run­berg pro­pose, avec cette série, une saga qui relève du récit d’aventures, du space opera, de l’usage du pou­voir et des luttes tant pour le gar­der que pour le prendre. Il met, en toile de fond, une tra­gé­die fami­liale et cette inter­ro­ga­tion éter­nelle qui n’a pas encore trouvé de solu­tion satis­fai­sante : faut-il obéir aux ordres même si ceux-ci sont inhu­mains ?
Ainsi, avec Munro l’ex-colonel des forces confé­dé­rées, il illustre cette situa­tion du sol­dat lâché par sa hié­rar­chie, par ceux-là mêmes qui lui ont ordonné cet acte. Devenu un paria, il est bien décidé à retrou­ver son hon­neur et à se ven­ger de ceux qui l’ont trahi.

John Tibe­rius Munro, colo­nel dans l’armée confé­dé­rée, a servi de fusible pour la car­rière du pré­sident Vex­ton. Il a été condamné et enfermé dans un péni­ten­cier. Quelques années plus tard, lors d’une muti­ne­rie, il s‘évade en com­pa­gnie de trois autres déte­nus, Alisa Rinaldi, une jeune indé­pen­dan­tiste, du contre­ban­dier Kowalski et de Treize, un ado­les­cent télé­pathe, génie de la robo­tique. Si les confé­dé­rés les pour­suivent avec achar­ne­ment, c’est avec la même rage qu’ils s’en prennent à la famille de Munro et Pedro, son fils, décède.
Vex­ton, visage refait après le mou­ve­ment de colère du colo­nel envers lui, fait le joli cœur auprès de la star d’un film à la gloire du régime. Mal­gré l’imminence d’une échéance élec­to­rale cru­ciale, il décide de la suivre sur son pro­chain lieu de tour­nage, au grand dam de Rebecca sa char­gée de com­mu­ni­ca­tion. Dans le Jolly Roger, alors que Munro est sub­mergé par la dou­leur, Kowalski tente de faire face. Outre la conduite du vais­seau, il a dû ampu­ter la jambe gauche d’Alisa. Pour la faire soi­gner, il réus­sit à sor­tir Munro de sa léthar­gie et rejoindre un vaisseau-hôpital. Mara, la chi­rur­gienne, appre­nant qu’il s’agit des fugi­tifs à qui on prête nombre d’exactions, refuse ses soins. Mais,les argu­ments impla­cables de Kowalski la font céder. Pour pal­lier au manque cru­cial d’équipage, ils décident d’utiliser des droïdes. Pour cela, Munro les emmène sur une pla­te­forme où oeuvrent deux scien­ti­fiques qu’il a connus dans des cir­cons­tances qui res­tent à décou­vrir. Mais la ren­contre tourne à la catas­trophe.
Alors que Vex­ton uti­lise les moyens de la confé­dé­ra­tion pour satis­faire la star­lette avec qui il vit une lune de miel, les fugi­tifs sauvent le vaisseau-hôpital sur lequel les confé­dé­rés n’hésitent pas à tirer tout à leur volonté de des­truire le Jolly Roger. Et les auto­no­mistes ne désarment pas. Leur chef veut le pou­voir et… se ven­ger de Munro !

Le scé­na­riste entoure le per­son­nage de Munro d’un groupe hété­ro­gène qui doit, mal­gré les dif­fé­rences, se ser­rer les coudes pour se sor­tir de la situa­tion, pour le moins épi­neuse, où ils sont pla­cés. Si Alisa n’est pré­sente dans cet opus qu’en tant que bles­sée sans maî­trise sur l’action, la vedette revient à Kowalski qui, avec ses coups de gueule, ses pro­pos offen­sifs voire mena­çants, obtient des avan­cées déci­sives pour la pro­gres­sion de l’intrigue. Syl­vain Run­berg construit avec brio son nou­vel uni­vers de SF et donne à l’action une place pré­pon­dé­rante.
À tra­vers ce récit, cepen­dant, il dis­tille des réflexions et anime des situa­tions poli­tiques révé­la­trices. Il montre ces hommes de pou­voir tels qu’ils sont, prêts à tout pour conser­ver leurs avan­tages et leur pré­ro­ga­tives, quitte à se par­ju­rer, à aban­don­ner toute dignité humaine (ne par­lons pas d’honneur !). Il pioche dans l’actualité avec ce pré­sident s’amourachant d’une actrice, avec les renie­ments per­pé­tuels des valeurs qu’il est censé repré­sen­ter, avec l’utilisation du bien public à son profit…

L’action tonique du scé­na­rio est super­be­ment mise en images par Miki Montllò. Celui-ci conjugue avec aisance la concep­tion d’un uni­vers tech­no­lo­gi­que­ment sophis­ti­qué et des vues splen­dides de l’espace et des vais­seaux qui y évo­luent. Les por­traits de ses per­son­nages hauts en cou­leurs sont sai­sis­sants.
Ce troi­sième tome conforte la qua­lité des deux pre­miers opus et ouvre la voie à une série par­ti­cu­liè­re­ment réussie.

serge per­raud

Syl­vain Run­berg (scé­na­rio), Miki Montllò (des­sin et cou­leurs) & Laura Moreno (pré­pa­ra­tion des cou­leurs), War­ship Jolly Roger, t. 3 : “Revanche”, Dar­gaud, sep­tembre 2016, 56 p. – 13,99 €.

 

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