Jan Fabre, Une tentative de ne pas battre le record du monde établi par Eddy Merckx

Le cycle est roi

Pour sa rétros­pec­tive lyon­naise, Jan Fabre s’est rendu natu­rel­le­ment au Parc de la Tête d’Or qui jouxte le Musée d’Art Contem­po­rain. Non pour ren­con­trer ses sem­blables, ses frères (à savoir non les babouins au cul rouge mais ceux qui les regardent) pour une action dont il a le secret : ne pas battre le record de l’Heure d’Eddy Mer­ckx et ce, en pré­sence du cycliste belge mythique, de Pou­li­dor entre autres. Ado­les­cent, il rêvait de rou­ler sur les routes comme la bille du stylo sur le papier. Mais son modus ope­randi a décou­vert des che­mins de tra­verse sans tou­te­fois être en deuil de ce rêve pre­mier.
Il affirme par­fois avoir choisi l’art par lâcheté, mais cela lui a empê­ché de péda­ler dans le vide, d’être sans selle, mais salace, sans stress, sans strass et tout aussi sen­sass. Jan Fabre lance ses images sans muse­lière, défie tout dik­tat par son art de la per­for­mance plus plas­tique que cycliste. Même s’il a bandé toute son éner­gie dans sa nou­velle ten­ta­tive de « ne pas battre le record de l’heure d’Eddy Merckx ».

C’est une idée à remuer les tripes et cya­nu­rer les maux laids. Coin­çant ses taci­turnes burnes sur une selle, il sort une fois de plus du stade de mépri­sable pri­mate en sur­veillant la rec­ti­tude de sa colonne ver­té­brale lorsqu’elle s’arrondit non pour faire des cour­bettes mais pour assu­rer un poten­tiel résul­tat horaire. Si bien que vivant l’art au jour le jour, Jan Fabre ne fait pas son âge.
Son art reste une mala­die orphe­line et tout autant un ins­tinct de sur-vie. Il fait du nou­veau sans tuer le rêve des autres. Tout chez lui sort de l’insignifiant comme de la signi­fiance. C’est sa manière de voler vers les cimes en gar­dant les pieds sur terre et sur les pédales. La rage bat encore une déme­sure dans les sub­ti­li­tés du non-sens porté à l’état d’art absolu bien plus per­for­mant que la maïeu­tique et autres tech­niques métaphysiques.

L’expo­si­tion lyon­naise le ramène aux temps per­dus comme au pré­sent. On y retrouve la tur­bu­lence de ses actions. Toutes osent mettre aux défis l’art. Celui qui cyclis­te­ment par­lant est un « nain au pays des géants » ren­verse la donne dans son lieu de pré­di­lec­tion. Rou­ler sur la piste du vélo­drome lui per­met d’avancer à l’estomac comme un clé­bard tourne en rond  afin de mar­quer son territoire.

jean-paul gavard-perret

Jan Fabre,
— Stig­mata – Actions & Per­for­mances 1976–2016, MAC Lyon, du 30 sep­tembre 2016 au 15 jan­vier 2017
Une ten­ta­tive de ne pas battre le record du monde éta­bli par Eddy Mer­ckx, Vélo­drome du parc de la tête d’or, 29 sep­tembre 2016.

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