Valérie Belin, Des gestes blancs parmi les solitudes (exposition)

Vale­rie Belin : natures vivantes, êtres fantômes

Une photo réus­sie va tou­jours au-delà de la « bonne » photo. Valé­rie Belin le prouve. Ses pho­to­gra­phies (d’objets ou non) sont une méta­phore du vivant. En de telles « memento mori » — et à la dif­fé­rence des natures mortes de l’art baroque ita­lien du XVIIIème siècle — les objets témoignent du désordre du monde.
Une inquié­tante étran­geté jaillit et s’anime par le « faux », le « sans vie ». A la « nature » se super­pose son maquillage. Les objets semblent avoir une âme et les êtres deviennent des fan­tômes par la « grâce » du médium et sur­tout de l’imaginaire.
Inté­res­sée par le concept de « non recon­nais­sance », Valé­rie Belin veut créer un trouble, une « intran­quillité » en mon­trant des images qui tra­vaillent le regard par le doute qu’elles créent. Influen­cée par la sculp­ture et la pein­ture et plus pré­ci­sé­ment par l’art mini­ma­liste amé­ri­cain, la créa­trice a com­pris com­ment une œuvre ramène  au réel — comme c’est le cas chez un Richard Serra et ses zonages  interlopes.

Depuis ses pre­mières images de cris­taux, l’artiste peuple le monde en s’étant d’abord inter­dit la figu­ra­tion de la pré­sence humaine. Inté­res­sée par le carac­tère lumi­neux des objets – chers à l’art concep­tuel et mini­ma­liste –, Valé­rie Belin est allée cher­cher pen­dant quelques années à New-York une lumière et par la den­sité de la ville une sorte de « maté­ria­lité » du dia­phane.
Après avoir pho­to­gra­phié in situ, l’artiste s’est tour­née vers une mise en place de stu­dio puis elle a pri­vi­lé­gié la post­pro­duc­tion. Depuis, la photo (deve­nant image) se réa­lise par ce chan­ge­ment d’ « outil » qui l’oriente vers un régime plus géné­ral de la représentation.

En 1999, Valé­rie Belin a d’abord shooté des corps body­buil­dés car ils fai­saient la jonc­tion entre l’objet et le sujet. Puis elle a tra­vaillé sur les sté­réo­types et le lis­sage des corps. Sans être mili­tante, la pho­to­graphe  lutte pour rendre sen­sible le vivant dans une forme de résis­tance, de décons­truc­tion afin de révé­ler une sur­face déga­gée de toute nar­ra­tion et psy­cho­lo­gi­sa­tion.
Désor­mais l’usage de la cou­leur et de l’outil numé­rique créent la vir­tua­li­sa­tion du sujet qui ren­voie à celle du médium comme du monde. Celui-là doit per­mettre d’interpréter celui-ci.

jean-paul gavard-perret

Valé­rie Belin, Des gestes blancs parmi les soli­tudes, gale­rie Arena, ENSP — Arles, du 5 juillet au 25 sep­tembre 2016.

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