Coma (Pierre Guyotat/Patrice Chéreau)

Le jour­nal d’une longue mala­die qui prend la forme d’une thé­ra­pie indispensable 

L a scène est vide, les murs noirs laissent appa­raître les machi­ne­ries qu’on sent super­flues, ici. Le décor est criant d’absence, sur le grand pla­teau du théâtre de la ville. Seule une chaise, per­due dans le champ du large éclai­rage au bord duquel s’arrête. Pieds nus, texte en main, Patrice Ché­reau aborde pru­dem­ment mais phy­si­que­ment ce texte dif­fi­cile, retra­çant ligne à ligne les expé­riences dou­lou­reuses de l’écriture, de la dépres­sion, de l’internement, de l’incompréhension. Ins­piré, habité, l’orateur s’installe dans le texte, visage fermé, impré­gné. Ché­reau incarne inté­rieu­re­ment ce texte, se mon­trant plas­tique et réac­tif, juste et per­cu­tant d’immobilité. La tronche ren­fro­gnée, l’allure par­fois presque simiesque, il crache les paroles d’une voix spas­mo­dique, sans réserve, avec une fer­veur maniaque.

Le pro­pos de Pierre Guyo­tat est fait de traits, de réflexions, de récits impromp­tus. Ce jour­nal d’une longue mala­die prend la forme d’une thé­ra­pie indis­pen­sable, d’un verbe qui impose son pou­voir sal­va­teur. Aucun orne­ment. Aucun bruit. Aucun apprêt. On assiste à une pro­fé­ra­tion – presque une pro­jec­tion phy­sique – des mots. On pourra repro­cher à l’orateur sa ges­tuelle répé­ti­tive et osten­tible. Sauf à lui attri­buer une teneur com­pul­sive, elle sera jugée un peu exu­bé­rante. Reste un verbe épuré, pré­ci­pité, fina­le­ment serti.
Une per­for­mance, sans conteste réus­sie, dans les limites du genre, celle du mono­logue intros­pec­tif. Il faut des épaules larges et frêles, comme celles de Ché­reau, pour por­ter cette œuvre impro­bable, au charme néces­sai­re­ment loin­tain, faites de bribes et de saillies, de dires péremp­toires et d’intuitions à peine entre­dites, qui expriment la néces­sité de l’instable, la force des essen­tielles faiblesses.

 chris­tophe giolito

Coma
de Pierre Guyo­tat
Lecture-spectacle par Patrice Ché­reau,
Mise en scène Thierry Thieû Niang

 
Au théâtre de la ville, les 13 et 17 sep­tembre, 20h30
Théâtre de la ville, place du Cha­te­let, 75004 Loca­tion 01.42.74.22.77

Le texte de la pièce a paru au Mer­cure de France, 2006, rééd. Folio, 2007.

 

 

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