Charles-Eloi Vial, Les derniers feux de la monarchie. La cour au siècle des révolutions, 1789–1870

Le cré­pus­cule de la Cour

La Cour de Ver­sailles est, encore de nos jours, l’objet d’études his­to­riques dont nous ren­dons régu­liè­re­ment compte ici. Mais sait-on que le phé­no­mène curial a sur­vécu au départ pré­ci­pité de la famille royale du châ­teau du Roi Soleil le 6 octobre 1789 ? Et que sait-on de ce sys­tème curial ins­tallé aux Tui­le­ries jusqu’à l’écroulement défi­ni­tif du régime monar­chique en 1870 ?
Le pas­sion­nant ouvrage de Charles-Eloi Vial répond à ces ques­tions. Il s’agit avant tout d’une étude scien­ti­fique rigou­reuse, écrite à par­tir d’archives (même si beau­coup de docu­ments ont été irré­mé­dia­ble­ment per­dus lors des sac­cages suc­ces­sifs des Tui­le­ries), ce qui pour­rait en rendre la lec­ture fas­ti­dieuse. Or, l’auteur évite cet écueil en nous livrant un très beau récit, où la rigueur his­to­rique côtoie des por­traits sub­tils des dif­fé­rents sou­ve­rains, des des­crip­tions minu­tieuses de la vie de Cour et des pas­sions poli­tique du siècle des révolutions.

Depuis l’arrivée impro­vi­sée dans un palais déla­bré de Louis XVI et de sa famille – pré­lude à leur empri­son­ne­ment et à leur mar­tyre – jusqu’à l’écroulement de la cour impé­riale qui brilla pour­tant de tous ses feux dans les années 1860, en pas­sant par la faste napo­léo­nien, la léthar­gie des der­niers Bour­bons et la fausse modes­tie bour­geoise de Louis-Philippe, l’ouvrage met plu­sieurs points en exergue.
Tout d’abord, l’utilisation que tous les sou­ve­rains ont faite de la Cour afin de conso­li­der leur régime, récon­ci­lier les Fran­çais déchi­rés par la grande frac­ture de 1789 grâce à une fusion des élites ras­sem­blées par les emplois curiaux et les fêtes royales. Ensuite, le pro­gres­sif iso­le­ment dans lequel tous les monarques ont fini par vivre, que ce soit aux Tui­le­ries ou dans les châ­teaux d’Ile-de France (sur­tout Fon­tai­ne­bleau, Saint-Cloud et Com­piègne) ; le poids obsé­dant de Ver­sailles, de cet éclat qui hante la Cour et les rois qui, tous d’une manière ou d’une autre, se rac­crochent au vieux palais. Car, comme l’écrit Charles-Eloi Vial dans une très belle for­mule, « Né sous Louis XV, Charles X était comme son frère Louis XVIII et comme son cou­sin Louis-Philippe, un déra­ciné. » Enfin, la haine que la Cour, pour­tant « adap­tée » aux temps nou­veaux, conti­nue de sus­ci­ter dans les mou­ve­ments révo­lu­tion­naires, libé­raux ou popu­laires, et qui s’exprime dans la vio­lence des inva­sions des palais, dans leur sac­cage et même leur des­truc­tion (Tui­le­ries, palais de Neuilly des Orléans).

A tra­vers ces récits cap­ti­vants, la France du XIXème siècle appa­raît dans toute sa vio­lence, sa fer­veur poli­tique, ses convul­sions et son rap­port ambigu et même schi­zo­phrène avec la monar­chie que les Fran­çais aiment pas­sion­né­ment haïr. La V° répu­blique nous le prouve encore tous les jours.

fre­de­ric le moal

Charles-Eloi Vial, Les der­niers feux de la monar­chie. La cour au siècle des révo­lu­tions, 1789–1870, Per­rin, jan­vier 2016, 579 p. — 27,00 €.

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