Gustave Kervern & Benoit Delépine, Saint Amour

Le trio des fantômes

Saint Amour  n’est ni un film d’avant-garde,  ni d’expérimentation. C’est même le par­fait contraire. Et c’est réjouis­sant. Refu­sant toute pré­somp­tion, « l’image-mouvement » retrouve ici une sorte de vérité par la comé­die « road-movienne » radi­cale. La car­lingue d’un taxi donne lui donne ses temps forts. Après Mam­muth et Near Death Expe­rience (sur le sui­cide d’un cycliste inter­prété par un bou­le­ver­sant Houel­le­becq, retrouvé ici de manière éphé­mère), le sep­tième film des deux « habi­tants » du Gro­land est une réus­site. Il ne peut se réduire à un film « de genre ».
Aux trois com­parses de trois géné­ra­tions dif­fé­rentes (Depar­dieu, Poel­voorde, Vincent Lacoste) répondent une série de femmes (et la voix off de Yolande Moreau). Dans un registre moins impor­tant (quant à la lon­gueur de leurs inter­ven­tions), elles donnent un équi­libre au film. L’une est insom­niaque à cause de la dette de la France, une autre géante au grand cœur… Toutes deviennent la clé peut-être la plus pro­fonde de l’histoire.

Les mar­gi­naux chers aux deux auteurs sont pour une fois « inté­grés » (ou presque)  : il s’agit d’agriculteurs qui, par essence, ignorent le concept même de vacances (Dele­pine sait de quoi il parle, étant fils de pay­san). Mais dans l’habitable du taxi, la fran­cité échappe au fran­chouillard. Elle se fait liber­taire, éman­ci­pa­toire et anar­chiste. Elle est aussi tem­pé­rée par la cha­leur humaine et poé­tique d’un Depar­dieu sobre comme jamais (dans son jeu) face à l’hystérisation de Poel­voorde.
Le pica­resque et la tru­cu­lence sont un plai­sir constant. Delé­pine et Ker­vern offrent une nou­velle fois l’exemple d’un cinéma décalé , mar­gi­nal et super­be­ment impro­bable. L’outrance y est néces­saire : la déchéance aussi. Le film ose s’y vau­trer : c’est ce qui para­doxa­le­ment l’érige bien plus haut que la tra­di­tion­nelle psy­cho­lo­gi­sa­tion fami­liale du film français.

jean-paul gavard-perret

 

Saint Amour

Date de sor­tie 2 mars 2016 (1h 41min)

De Benoît Delé­pine,  Gus­tave Kervern

Avec Gérard Depar­dieu, Benoît Poel­voorde, Vincent Lacoste  plus

Genres Comé­die, Drame

1 Comment

Filed under Chapeau bas, cinéma

One Response to Gustave Kervern & Benoit Delépine, Saint Amour

  1. Villeneuve

    Jouis­sif . Bien plus que vos spé­cia­li­tés érotiques !

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