Le vivier des images : entretien avec Albertine

Dessi­ner est un moyen de mon­trer ce que les mots ne disent pas. Alber­tine l’illustre dans ses « exer­cices d’imbécilité » (Nova­rina) qui sont autant des preuves d’intelligence. La créa­trice coud l’endroit à l’envers : son oeuvre est un délice tendre et sul­fu­reux. L’humour est déca­pant : la quasi nudité devient une che­mise aux poches secrètes, elle passe sur la planche à des­sin comme sur une planche à repas­ser. Le voyeur, tel un rumi­nant, y regarde pas­ser les trains d’enfer.
Le des­sin fait et défait ses marion­nettes. C’est un spec­tacle qui ne cesse de se détruire en tant que spec­tacle. Il appelle néan­moins moins à faire tom­ber le rideau qu’à y grim­per. L’artiste suisse habille l’espoir par des strip-teases où des étoiles s’agitent moins pour faire lever le fan­tasme que s’en moquer. Se lais­ser trou­bler par de telles images devient un plai­sir de sybarite.

Alber­tine,

- Grand des­sin Cochon, Gale­rie Humus, du 27 février au 12 mars 2016.
Le Salon de Madame Auguste et Faim de Corps (avec Gre­mano Zullo), Dumer­chez et Humus éditions.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le dessin

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Des livres.

A quoi avez-vous renoncé ? A faire du théâtre.

D’où venez-vous ?
De la campagne.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
De l’énergie, du plai­sir du jeu, de la fantaisie.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Des­cendre dans mon jar­din le matin tôt et le soir tard.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
Quelle drôle de question.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Bus­ter Brown se fai­sant fes­ser pas sa mère.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Un livre dis­paru. Une his­toire simple et belle. Il y avait un vélo, un train, un enfant. Je ne cesse de recher­cher ce livre au tra­vers des livres que je réa­lise pour la jeunesse.

Pour­quoi votre atti­rance pour l’humour et sou­vent la vision déca­lée des êtres et plus par­ti­cu­liè­re­ment des femmes ?
Je ne com­prends pas très bien la question.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Pour être émue, Pavane pour une infante défunte de Ravel. Pour chan­ter fort dans ma voi­ture, Feu Chaterton.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Le conte de Monte Cristo

Quel film vous fait pleu­rer ?
L’aurore
de Murnau

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une image

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Aux cour­riers des lecteurs.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Rome tout entière, Tokyo et mon jardin.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Saul Stein­berg pour sa pro­fu­sion et son génie. David Hock­ney pour ces por­traits d’amis. Jean-Françoise Mar­tin pour sa mélan­co­lie et sa capa­cité à sai­sir l’essentiel.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un meuble à tiroir pour ran­ger tous mes des­sins. Je n’ai plus de place.

Que défendez-vous ?
Le res­pect des idées des autres, l’écoute et l’autocritique.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
C’est une vision pes­si­miste. Je ne suis pas très fan des aphorismes.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
Il est vrai que les jour­na­listes posent rare­ment de bonnes questions.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Oh là là, si vous saviez…

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés par jean-paul gavard-perret, le 23 février 2016.

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