Entretien avec Michel Rigal (association des écrivains de langue française — l’ADELF)

Le 22 mars der­nier, nous ren­con­trions Michel Rigal, de l’ADELF — une asso­cia­tion dont le but est de défendre la fran­co­pho­nie dans le monde

 

Née en 1926 du besoin qu’éprouvèrent cer­tains écri­vains fran­çais expa­triés dans les diverses colo­nies de se regrou­per, l’ADELF est une dame d’âge res­pec­table — quoiqu’en regard d’autres asso­cia­tion comme la SGDL, ou la fameuse SACD fon­dée par Beau­mar­chais, elle soit encore bien verte… D’abord nom­mée Asso­cia­tion des écri­vains colo­niaux, elle devint Asso­cia­tion des écri­vains de la mer et de l’outre-mer, pour enfin être bap­ti­sée Asso­cia­tion des écri­vains de langue fran­çaise — l’ADELF, donc. Son but : pro­mou­voir l’œuvre des écri­vains qui, à tra­vers le monde, s’expriment en fran­çais, essen­tiel­le­ment par l’attribution annuelle d’une dizaine de prix lit­té­raires. Asso­cia­tion à but non lucra­tif, elle fonc­tionne grâce aux coti­sa­tions de ses adhé­rents — il faut pour être socié­taire de l’ADELF avoir publié au moins un ouvrage à compte d’éditeur mais l’on peut adhé­rer en tant qu’“ami”, sans être néces­sai­re­ment écri­vain — et aux contri­bu­tions de ses par­te­naires, ins­ti­tu­tions pri­vées ou d’État.
C’était, cette année, la pre­mière fois que l’ADELF s’offrait un stand au Salon du livre de Paris - un “tout petit stand”, comme le dit Michel Rigal, son vice-président, que nous avons ren­con­tré ce dimanche 22 mars alors que lui reve­nait la garde de cet espace réduit mais suf­fi­sant pour affir­mer la pré­sence de l’association et faire connaître son action.
Et force est d’admettre que sans ces neuf mètres car­rés au Salon du livre — et sans la séance de signa­ture de Thierry Che­villard dont le roman Ruth Esther Wei­ler a été primé par l’ADELF — lelitteraire.com n’aurait sans doute pas encore ouvert ses colonnes à cette asso­cia­tion pour­tant digne d’intérêt mais fort dis­crète et dont les acti­vi­tés sont menées hors tout reten­tis­se­ment médiatique. 

 

Pourriez-vous vous pré­sen­ter ?
Mon nom est Michel Rigal. Je tra­vaille comme béné­vole au sein de l’association des écri­vains de langue fran­çaise depuis une dizaine d’années ; j’en ai d’abord été le tré­so­rier et je suis main­te­nant le vice-président.

 

Quelles sont les grandes lignes de l’histoire de l’association ? Quel est son objec­tif prin­ci­pal et quelles actions mène-t-elle pour le réa­li­ser ?
L’association a été créée en 1926 et s’adressait essen­tiel­le­ment aux écri­vains fran­çais qui vivaient dans les colo­nies. Elle a été recon­nue d’utilité publique en 1952 et a changé deux fois de nom avant d’adopter celui sous lequel elle est connue aujourd’hui, à savoir Asso­cia­tion des écri­vains de langue fran­çaise. Son objec­tif prin­ci­pal est de défendre la fran­co­pho­nie par­tout où elle est implan­tée dans le monde. L’association, pré­si­dée aujourd’hui par le pro­fes­seur Charles Zorg­bibe, ancien rec­teur de l’université d’Aix-en-Provence, repré­sente une com­mu­nauté d’environ mille écri­vains vivant sous toutes les lati­tudes, soit une tren­taine de natio­na­li­tés dif­fé­rentes, mais qui ont tous en com­mun l’usage de la langue fran­çaise. Parmi nos socié­taires nous comp­tons beau­coup de Qué­bé­cois, de Belges, d’Acadiens, de Mau­ri­ciens… les Afri­cains sont aussi très nom­breux, qu’ils viennent du Magh­reb ou de l’Afrique noire.
L’activité prin­ci­pale de l’association est de décer­ner chaque année une dizaine de prix lit­té­raires, cha­cun concer­nant une région du monde bien défi­nie : il y a ainsi le prix France-Liban qui récom­pense des auteurs liba­nais, le prix Magh­reb pour les auteurs magh­ré­bins… et ainsi de suite. Nous attri­buons aussi des prix trans­na­tio­naux : le prix de la Mer, le prix Européen…etc.
Ces prix annuels sont tous remis en même temps lors d’une céré­mo­nie unique, orga­ni­sée au Sénat. Elle se déroule pen­dant le Salon du livre : comme il s’agit de faire venir en France des auteurs étran­gers, il nous a sem­blé que la période du salon de Paris était par­ti­cu­liè­re­ment bien choi­sie. Cette année, la remise des prix a eu lieu hier — le 19 mars — mais les lau­réats étaient dési­gnés depuis novembre 2004, mois pen­dant lequel les dif­fé­rents jurys s’étaient réunis pour élire les lau­réats. il y a tou­jours un déca­lage entre le moment où sont arrê­tés les choix des jurys et la pro­cla­ma­tion offi­cielle car l’organisation de la céré­mo­nie elle-même demande beau­coup de tra­vail, eu égard au nombre de per­sonnes qu’il faut contac­ter, et à la diver­sité des natio­na­li­tés concer­nées. Mais en amont le tra­vail est aussi consi­dé­rable : il faut tout au long de l’année recueillir les livres can­di­dats pour tous ces prix, il faut ensuite réunir les jurys pour déli­bé­ra­tion et enfin orga­ni­ser la remise des prix aux lau­réats.
Je pré­cise que les jurys sont de com­po­si­tion fixe, qu’ils comptent cha­cun de six à dix membres et sont pré­si­dés par un spé­cia­liste de la lit­té­ra­ture de la région concer­née. Les autres jurés sont choi­sis par cooptation.

 

Les lau­réats sont-ils choi­sis parmi les écri­vains socié­taires ?
Non, abso­lu­ment pas ! les livres nous par­viennent de deux manières : soit ils nous sont envoyés par les édi­teurs qui connaissent nos prix et ont à leur cata­logue des titres éli­gibles, soit nous les récu­pé­rons grâce aux contacts que nous avons dans les dif­fé­rents pays afin de les pré­sen­ter pour le prix qui les concerne. Et les lau­réats ne sont pas auto­ma­ti­que­ment pro­mus membres de l’ADELF ! La déci­sion d’adhérer ou non leur revient entiè­re­ment. Mais je dois dire qu’à mes yeux, leur adhé­sion est un juste retour car après tout, une récom­pense de l’ADELF leur per­met d’être décou­verts, d’être lus… je cite­rai à cet égard l’exemple de Fran­cis Bebey, un auteur came­rou­nais décédé il y a deux ans et qui était direc­teur du Dépar­te­ment inter­na­tio­nal à l’UNESCO. Nous avions attri­bué le grand prix lit­té­raire de l’Afrique noire à son pre­mier roman, Le Fils d’Agatha Mou­dio (1967) ; cette récom­pense l’a encou­ragé à conti­nuer l’écriture — et de fait il a publié par la suite un cer­tain nombre de romans tout à fait inté­res­sants. Je pour­rais aussi évo­quer un autre écri­vain afri­cain que nous avons fait décou­vrir, l’Ivoirien Ahma­dou Kou­rouma, auteur entre autres de Allah n’est pas obligé et de En atten­dant le vote des bêtes sau­vages, et qui a reçu le prix Inter­al­lié.
Rece­voir un prix de l’ADELF compte beau­coup pour les lau­réats ; et il est vrai que la plu­part choi­sissent de res­ter au sein de notre association.

 

Vous disiez tout à l’heure que la remise de ces prix était votre “prin­ci­pale acti­vité”. Quel sont les autres moyens mis en œuvre pour la pro­mo­tion de la lit­té­ra­ture fran­co­phone ?
Nous publions une revue lit­té­raire semes­trielle, Lettres et cultures de langue fran­çaise. Chaque livrai­son est orga­ni­sée autour d’un thème prin­ci­pal : la pré­sence de la langue fran­çaise dans une région du monde. Le der­nier numéro était consa­crée à l’Acadie ; il est sorti fin 2004 à l’occasion d’un anni­ver­saire : 400 ans aupa­ra­vant, les pre­miers Fran­çais débar­quaient en Aca­die. Ce numéro retra­çait l’histoire de l’Acadie, mais s’attachait aussi à l’actualité lit­té­raire et artis­tique de cette région. Le pro­chain numéro sera consa­cré à l’Afrique noire, ensuite nous pré­voyons de nous inté­res­ser plus par­ti­cu­liè­re­ment à l’Océanie. Mal­gré l’invitation de la Rus­sie au salon du livre, nous n’avons pas pré­paré de numéro spé­cial consa­cré à la fran­co­pho­nie dans ce pays ; le sujet sera abordé dans un numéro à la thé­ma­tique plus large, éten­due à l’ensemble des anciens pays de l’Est — il y a beau­coup d’écrivains fran­co­phones en Tché­quie, en Slo­va­quie, en Rou­ma­nie, dans les répu­bliques baltes… etc.
Une autre de nos acti­vi­tés — qui s’est un peu ralen­tie der­niè­re­ment — consis­tait à orga­ni­ser des col­loques annuels. Long­temps — sous la pré­si­dence d’Edmond Jouve pour être pré­cis — ils se sont tenus à Pay­rac, dans le Lot (E. Jouve est de là-bas). Aujourd’hui nous aime­rions renouer avec cette tra­di­tion du col­loque annuel mais en l’organisant soit à la Sor­bonne, soit dans une grande uni­ver­sité pro­vin­ciale — voire, pour­quoi pas, à l’étranger : par le passé, l’un de nos col­loques s’est tenu à Ouagadougou. 

 

Peut-être est-ce un peu pré­ma­turé de par­ler de bilan, mais pouvez-vous d’ores et déjà tirer quelques ensei­gne­ments de cette pre­mière pré­sence au salon du livre de Paris ?
À ce jour, nous avons tout lieu d’être satis­faits. Notre stand est tout petit — 9 mètres car­rés, c’est vrai­ment le strict mini­mum — mais cela ne nous a pas empê­ché de réunir une ving­taine d’écrivains qui se suc­cèdent pen­dant toute la durée du salon pour venir signer leurs livres. Nous ne pré­voyons pas un impor­tant volume de vente — les gens ne vont pas ache­ter sys­té­ma­ti­que­ment les livres que nous pro­po­sons — mais nous sommes là, et nos auteurs aussi, avant tout pour nouer des contacts. D’ailleurs, pour faire connaître notre asso­cia­tion et ses acti­vi­tés, nous avons réa­lisé tout spé­cia­le­ment à l’occasion de notre venue au salon du livre ce petit dépliant qui pré­sente suc­cinc­te­ment l’ADELF [Michel Rigal me tend un feuillet bleuté de for­mat A4 plié en trois, au sigle de l’association, clair et concis, ras­sem­blant l’essentiel des infor­ma­tions utiles] — nous n’avions pas jusqu’alors de docu­ment de ce type…
En matière de contact, les jour­nées écou­lées ont déjà été très riches : nous avons ren­con­tré de nom­breux écri­vains qui ne sont pas membres de l’ADELF — mais que nous espé­rons bien accueillir un jour — des édi­teurs… et nos auteurs ont été face à leur public. Tout cela est très important.

 

Quels sont les pro­jets et les ambi­tions de l’ADELF pour les mois, les années qui viennent ?
Notre prin­ci­pale ambi­tion est d’obtenir une cou­ver­ture média­tique plus impor­tante et de par­ti­ci­per à davan­tage de salons comme celui-ci. C’est en effet un bon moyen de pré­sen­ter les œuvres de nos socié­taires et les livres que nous avons récom­pen­sés. Nous envi­sa­geons d’aller à l’étranger ; par exemple, nous aime­rions avoir un stand au salon du livre de Mont­réal. Mais cela requiert une grosse orga­ni­sa­tion, et sur­tout des moyens finan­ciers que nous n’avons pas tou­jours…
Et comme je vous le disais, nous aime­rions aussi recom­men­cer à orga­ni­ser des col­loques. Mais là encore, cela demande de gros moyens et beau­coup de travail…

 

Liste des prix décer­nés chaque année par l’ADELF :
Prix de l’Afrique méditerranéenne/Maghreb
Grand prix lit­té­raire de l’Afrique noire
Prix de lit­té­ra­ture des Alpes et du Jura
Prix lit­té­raire de l’Asie
Prix France-Liban
Prix lit­té­raire euro­péen
Grand prix lit­té­raire France/communauté fran­çaise de Bel­gique
Prix France/Québec — Jean Hame­lin
Grand prix de la Mer

 

Tous les deux ans sont décer­nés le Prix lit­té­raire des Caraïbes et le Grand prix lit­té­raire des Océans indien et Pacifique.

 

Comité d’honneur de l’ADELF
Mme Jac­que­line de Romilly, MM. Mau­rice Druon et Jean d’Ormesson, de l’Académie fran­çaise ;
MM. Bou­tros Boutros-Ghali et Ismaïl Kadaré, membres cor­res­pon­dants de l’institut de France ;
Mmes Edmonde Charles-Roux et Fran­çoise Mallet-Joris, de l’Académie Gon­court ;
M. Georges-Henri Dumont, de l’Académie royale de langue et lit­té­ra­ture fran­çaise de Bel­gique ;
M. Alain Duha­mel ;
M. Amin Maalouf.

 

Bureau de l’ADELF
Pré­sident : M. Charles Zorg­bibe
Vice-président : M. Marc Aicardi de Saint-Paul
Vice-président et tré­so­rier : M. Michel Rigal
Secré­taire géné­ral : Mme Simone Dreyfus.

Asso­cia­tion des écri­vains de langue fran­çaise (ADELF)
14, rue Brous­sais
75014 PARIS
Tél : 01 43 21 95 99
Fax : 01 43 20 12 22
Cour­riel :
adelf.paris@wanadoo.fr

   
 

Pro­pos recueillis par isa­belle roche  le 22 mars sur le stand de l’ADELF au Salon du livre de Paris 2005.

 
     
 

2 Comments

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2 Responses to Entretien avec Michel Rigal (association des écrivains de langue française — l’ADELF)

  1. Fleury Beatrice

    J’habite en Bel­gique et vais bien­tôt ren­trer en France. Archéo­logue et his­to­rienne d’art de for­ma­tion, j’ ai plu­sieurs articles et confé­rences à mon actif et aime­rais rejoindre une asso­cia­tion lit­té­raire. Merci de m’ orienter.

    Bea­trice Fleury

  2. ERRAMI Kaddour

    Bon­jour
    Je suis un homme maro­cain âgé de 58 ans. Je suis écri­vain jour­na­liste. Et depuis mon retour au Maroc après 4 ans de pri­son admi­nis­tra­tive en Algé­rie, je vis tou­jours sous une assi­gna­tion qui ne dit pas son nom et privé de mes droits civils dont essen­tiel­le­ment la liberté d’exercer une acti­vité avec un revenu.
    Je vous mets au cou­rant que je viens de publier mon livre LE PARIA qui est une auto­bio­gra­phie..
    Dans le but de m’encourager à conti­nuer à écrire et à por­ter à la connais­sance des gens qui vous entourent, l’assignation et la frus­tra­tion de mes droits civils depuis mon retour au Maroc en 2008.
    Ci-joint le lien d’achat de mon dit livre avec un visa per­son­nel de l’auteur pour un rabais sur votre volume d’achat.
    https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/870382/s/le-paria-mourad-degaulle/#.WcZlEtK0O1s
    Bien cor­dia­le­ment
    Kad­dour ERRAMI

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