Julien d’Abrigeon, fablab

Les fables de Julien d’Abrigeon

Il faut tirer fablab bien plus du côté de la fable que du bla­bla­bla. D’abord parce que les per­son­nages du livre sont en grande par­tie des ani­maux. Ensuite, parce que chaque texte pos­sède une morale abrupte du type : « Les efforts. Le mérite » ou encore « Lutte armée. Si laid en ce miroir ». En avant de chaque conclu­sion, les textes se découpent à coup de barres obliques : manière d’éliminer toutes graisses : peu d’adjectifs, igno­rance de l’adverbe. Bref, pas de déco si ce n’est celle qu’en nou­veaux loca­taires les renards accordent aux anciens ter­riers de lapins.
C’est pour­quoi chaque texte avance aussi pri­me­sau­tier qu’altier. A peine fixée, la parole semble s’envoler : mais elle tient, « souffle l’emporte / l’emporte à porte ». Le texte n’attend pas et pour­tant il reste. Sans digres­sion ver­bale. Il débute, il attaque, il pousse. Rendez-vous pris et il est temps déjà de pas­ser à autre chose. Cela ne traîne pas : et comme l’écrit l’auteur, « ça râpe, ça frotte, ça arrache la peau ». Tout cela cuit comme il le faut. On entend les poules voler même si, pré­cise l’auteur, ce n’est pas leur objec­tif et qu’elle pré­fèrent cou­ver « des jours entiers un œuf de plâtre .»

Preuve qu’en poé­sie il n’existe de per­for­ma­tif (pour par­ler en logo­ma­chiste) que lorsque l’écriture est imper­ti­nente par la drô­le­rie qui fait sa morale corus­cante. Elle doit tout à ce qui la pro­duit. Pour la savou­rer, nul besoin de lec­ture publique — cette reprise cho­rale deve­nue sla­mique et sou­vent asth­ma­tique. La poé­sie de d’Abrigeon mérite une entente plus qu’une écoute. Elle ne néces­site pas de rap­port oral. Ce type d’apport ne fait qu’enfoncer une porte ouverte.
La poé­sie n’est pas un spec­tacle. Elle demande lec­ture et des relec­tures qui se passent de déglu­ti­tion vocale même si dans le livre elle se veut par­fois « par­ti­tion ». Lais­sons au lec­teur le plai­sir de la découvrir.

jean-paul gavard-perret

Julien d’Abrigeon, fablab, Edi­tions Contre-Pied, Mar­tiques, 2016.

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