Roger Laporte, Ecritures

La “scrip­tu­ro­gra­phie” para­doxale de Roger Laporte

Pour com­prendre l’œuvre de Laporte, il l faut tou­jours se sou­ve­nir de la fameuse phrase de L’Innommable : “La recherche de faire taire sa voix est ce qui per­met au dis­cours de se pour­suivre”. Tout le reste lit­té­ra­ture. Cette lit­té­ra­ture que Roger Laporte n’a cessé d’épuiser jusqu’au silence, jusque dans ces der­niers retran­che­ments (Moriendo). Pour autant, Laporte avait par­fois besoin de res­pi­rer dans son entre­prise radi­cale. D’où dif­fé­rents niveaux de ten­sion que rap­pelle Ecri­tures  : écrire un livre est dif­fé­rent d’écrire un car­net. Même si, tout compte fait, cela finira avec Lettres à per­sonne dans le même tabac. C’est pour­quoi, quand Laporte pré­cise : « lorsqu’on écrit une page de car­net, on se réjouit d’être seul. Le bon­heur d’écrire est lié à cette tran­quille inti­mité : on écrit, non pour un éven­tuel public, mais pour soi-même, pour se confor­ter soi-même », il donne de fait le sens même de l’œuvre en son entier. Les car­nets ne furent pas une simple Fugue.

Le chant reste tou­jours le même. Son exi­gence et son état d’urgence aussi. Roger Laporte part d’une expé­rience d’écriture per­son­nelle — qu’il nomme la « scrip­tu­ro­gra­hie » — pour aller vers ses plus hautes sphères. Tous les livres de l’auteur en témoignent. Contre la « noyade », il tente de don­ner à l’écriture un visage jusque là absent. L’auteur garde en effet la faculté de dire ce qui échappe à toute per­cep­tion, de pen­ser ce qu’elle ne pense pas encore. La déci­sion d’écrire doit défier l’entendement selon une « évi­dence » capable de cap­ter l’ineffable. Cela oblige alors à « repen­ser » l’écriture.
Laporte n’a cessé de s’y atte­ler. Il enfonce le clou, non sans une par­fois para­doxale « gaieté ». En un tra­vail de trans­bor­de­ment, l’auteur prouve que ratio­na­lité et per­cep­tion deviennent des voiles qu’il faut déchi­rer afin d’atteindre les choses (ou le néant) qui se trouvent der­rière. Étant donné que nous ne pou­vons éli­mi­ner nos illu­sions d’un seul coup, il ne faut rien négli­ger de ce qui peut contri­buer à le dis­cré­di­ter. Laporte y fore des trous, l’un après l’autre, jusqu’au moment où ce qui est caché der­rière se met à suin­ter. Les des­sins de Michel Potage sont là pour le souligner.

jean-paul gavard-perret

Roger Laporte, Ecri­tures, des­sins de Michel Potage, Fata Mor­gana, Font­froide le Haut, 2015, 40 p. — 10,00 €.

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