Fabrice Reymond, A l’opéra derrière un poteau

La voix lactée

« Comment savoir quand nos sens doivent se repo­ser ? À par­tir de quand en a-t-on marre de voir, d’entendre, de sen­tir ? » : Telles sont les ques­tions sur les­quelles s’arriment les textes du livre au titre digne de Michaux. Mais même lorsque le mal est fait, il est tou­jours pos­sible de rebon­dir : « Le génie, l’amour, la mala­die, la nuit et la mer, sont des façons de redé­mar­rer le sys­tème ». Et Rey­mond l’active là où le poète pré­fère la note au texte.
Seule la pre­mière frac­ture l’atteint par un étoi­le­ment de la cas­sure qu’elle pro­voque, quitte à cou­per une par­tie du « sens ». Et, après tout, qu’importe ? Nulle direc­tion à pré­voir, il s’agit de réagir à l’instinct avec le peu qu’on sait et que le temps accu­mule à mesure qu’il accé­lère jusqu’au moment où sa sédi­men­ta­tion est empor­tée avec le vivant.

Celui qui se dit dans l’impuissance d’approfondir un sujet ou de per­mettre au dis­cours de se pour­suivre fait mieux. Rey­mond évite toute « suite ». Car cela devien­drait une manière de se tra­hir ou de tri­cher. Le poète pré­fère la pen­sée vacante ou plu­tôt en vaca­tion. Celle-ci n’a rien de « farc­seque » (Mon­taigne) mais par elle l’obscur crée la lumière. Elle per­met de voir pas­ser le monde et offre la pos­si­bi­lité de regar­der le regard jusqu’à ce qu’il perdre sa « sil­houette » : il n’est plus qu’une flèche. Et qu’importe si Le Livre (cher à Jabès) ne s’écrira que dans ses marges. Com­ment pourrait-il en être autrement ?

jean-paul gavard-perret

Fabrice Rey­mond, A l’opéra der­rière un poteau, Post-éditions, col­lec­tion Faux rac­cord, , 2015.

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