Anne-Sophie Costenoble, Le silence de l’oiseau & Omnia Vanitas

Anne-Sophie Cos­te­noble, pho­to­graphe du silence

Germaine Krull dans son Etude de nu écri­vait : « Le vrai pho­to­graphe, c’est le témoin de tous les jours, c’est le repor­ter. » Mais — et comme pour le jour­na­liste —  à condi­tion d’en sor­tir. Anne-Sophie Cos­te­noble le prouve. Forte de cet œil pre­mier, son tra­vail dépasse le simple but « illus­tra­tif » ou docu­men­taire. En cher­chant sou­vent des cadrages res­ser­rés, l’artiste crée un uni­vers poé­tique où le por­trait prend un rôle majeur.
Por­tant des charges affec­tives, sinon refou­lées, du moins rete­nues là où demeurent par­fois quelques frag­ments du réel, por­traits comme des « petits bouts de rien » (Beckett) — “pla­fon­nier” par exemple –, la pho­to­gra­phie devient la méta­phore du silence. Et ce, loin de tout effet, manié­risme ou lyrisme.

L’iso­le­ment ou la soli­tude est sug­géré autant par les visages que par les « pay­sages » — même s’ils se limitent à des péri­mètres réduits. Et même si le sujet des pho­to­gra­phies demeure hau­te­ment affec­tif puisqu’il y est ques­tion du sens de l’être, celui-là est dégagé de tout pathos. L’angoisse rôde. L’amour aussi. Mais les deux sous forme dis­crète. Les pho­to­gra­phies, nim­bées d’incertitudes scé­na­ri­sées sobre­ment, témoignent d’une vie à l’état d’énigme. Anne-Sophie Cos­te­noble prend grand soin de lais­ser au mys­tère son obs­cu­rité déli­bé­rée en un cer­tain « velours ».
La fémi­nité et son secret res­tent pré­sentes à tra­vers des bribes d’histoires fan­tômes ou des iden­ti­tés révé­lées par jeu d’ombres ou d’apories. Avec par­fois une pointe de déri­sion, au sein même de la « dra­ma­ti­sa­tion » des pho­tos. Le corps comme les choses res­tent au bord du lan­gage plas­tique, au bord de son ravin, entre chien et loup.

La mélo­pée du silence suit son cours sur le pont sus­pendu des images et leur éten­due de soli­tude, d’ombre et de lumière. S’inscrit l’histoire du laby­rinthe de l’être au moment où quelque chose échappe aux marches de la nuit. Tout est de l’ordre d’une étrange ber­ceuse parmi les ombres appe­san­ties comme dans la lumière crue. Il suf­fit à la créa­trice de poser quelques « accords » sobres, élé­gants pour sou­li­gner le silence.

Lire notre entre­tien avec l’artiste

jean-paul gavard-perret

Anne-Sophie Cos­te­noble,  

- Le silence de l’oiseau, Espace Pho­to­gra­phique Contre­type, Bruxelles, du 23 sep­tembre au 31 octobre 2015 (et livre, même titre avec un texte de Jean-François Spri­cigo), 

- Omnia Vani­tas, Gale­rie Koma, Mons, du 24 octobre au 20 décembre 2015

 

 

 

 

 

 

 

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