Jean-Jacques Nuel, Billets d’absence

Contre les évidences

Au cru­cial, Jean-Jacques Nuel pré­fère le trans­ver­sal et c’est un régal. Dans la suite de Courts métrages  mais de manière plus drôle, l’écrivain pro­tège son sens de la trans­for­ma­tion aussi inat­ten­due que cor­ro­sive. Chaque frag­ment est un plai­sir — drôle certes mais aussi abys­sal : « Qui aurait pu ima­gi­ner que le voyage le plus aven­tu­reux et le plus dan­ge­reux de sa vie serait d’aller frap­per à la porte à côté, sur le même palier ? On lui dit d’entrer ; il n’en res­sor­tit jamais ». Ou encore : « Le vieux pay­san mou­rut exac­te­ment à l’endroit où il était né : la même ferme, la même chambre, le même lit. Il ne s’était déplacé que dans le temps ».

Tout repose à la fois sur l’évidence et le mal­en­tendu. Cela n’annule en rien le pas­sage du temps, ne nie pas plus une sorte de mys­tique de l’espace par effets d’échos intem­pes­tifs. Peu à peu, les frag­ments s’enlacent. On peut alors faci­le­ment ima­gi­ner qu’entre eux puisse à nou­veau s’étirer le temps et le décom­po­ser en nou­velles figures. Si bien qu’à l’image du bai­ser qui évoque la répé­ti­tion des his­toires d’amour, le réel est rem­placé impli­ci­te­ment par celle d’un axe flé­ché à la recherche d’une renais­sance de l’existence.
L’expérience lit­té­raire ouvre donc des hori­zons à tra­vers ces fic­tions courtes où tout change. A lire absolument.

Lire notre entre­tien avec l’auteur

jean-paul gavard-perret

Jean-Jacques Nuel, Billets d’absence, Edi­tions Le Pont du Change, 2015, 76 p. — 12,00 €.

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Filed under Chapeau bas, Poésie

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