Sur les chemins de la sagesse : entretien avec le peintre Jide

Jide (aka Jean David Cha­te­net) pra­tique la sélec­tion d’un regard qui se met à « bou­ger » par les élé­ments qui consti­tuent ses toiles : col­lages et des­sin font que la nature acquiert des bizar­re­ries là où a priori tout est en place mais où tout glisse. Repre­nant l’histoire du pay­sage là où Pous­sin et Elshei­mer, Ver­net et Wolf l’avait lais­sée, Jide joue de divers rup­ture de pentes et de plans selon la tec­to­nique des élé­ments où le pay­sage en muta­tion devient le guet­teur d’âmes des impro­bables et minus­cules pas­seurs qui le tra­versent ça et là.
Par effet de cou­leurs dis­tri­buées selon pla­cages et plans contras­tés, l’œil qui sou­vent butine et vire­volte (car il est tou­jours pressé) est obligé de s’arrêter là où se sub­ver­tissent les notions de décor, d’ornementation et d’apparence.

Entre­tien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

Sou­vent ce sont les oiseaux qui me réveillent. Je vis presque dans la forêt alors ce sont sou­vent eux qui me réveillent. Mais c’est aussi l’envie de décou­vrir ce qui ren­dra ma jour­née unique qui me donne envie de me lever : croi­ser des gens qui ne savent pas qu’ils sont mer­veilleux, être sur­pris par une lumière, une odeur ou une cou­leur, l’espoir de vivre ces petits moments qui vous collent un sou­rire idiot sur la figure. Mais bon, je me lève aussi parce qu’il le faut bien : je n’ai pas un lever aussi plein d’espoir tous les jours.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Des tableaux pour la plu­part. Les autres, j’essaie de les retrou­ver en pre­nant le temps de m’ennuyer, en pas­sant du temps à regar­der les petites choses. Je vou­lais rendre les gens heu­reux et vivre dans la nature. La pre­mière chose est si dif­fi­cile, la seconde je l’ai.

A quoi avez-vous renoncé ?
A presque tout et c’est ter­ri­ble­ment agréable — sauf sans doute au désir d’arriver un jour à vivre juste pour la grâce de chaque instant.

D’où venez-vous ?
Je ne sais pas. J’ai peu de sou­ve­nirs et ceux que j’ai se mélangent, alors je ne sais pas.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Le don de l’indépendance farouche je crois. Sur­tout ne dépendre de per­sonne. C’est à la fois ce qui me tiens hélas ! loin des autres mais c’est aussi ce qui me per­met d’aller à la ren­contre de l’autre sans contrainte ni cal­cul — en tout cas c’est ce que je me dis.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Le rire dans les yeux de mes enfants, le cho­co­lat aussi quand même

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
Je n’ai pas l’impression d’en être un mais peut-être les autres non plus.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
J’ai très peu de sou­ve­nirs : com­ment voulez-vous que je me souvienne ?

Et votre pre­mière lec­ture ?
Des récits d’aventures sûre­ment. Mais c’est Giono qui me vient tout le temps à l’esprit quand je pense aux pre­miers livres qui m’ont saisi.
Son incroyable capa­cité à dire le lien de la terre et des hommes, leurs achar­ne­ments, la beauté du monde dans les petits rien. Je n’ai jamais osé relire ces livres de peur de cas­ser la magie qu’ils ont opé­rée sur moi.

Pour­quoi votre atti­rances vers le pay­sage ?
Parce que mon “âme” s’y retrouve et que je m’y sens plus grand que mon corps , c’est une sen­sa­tion que j’aime… se sen­tir plus grand que son corps.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Antony and the John­sons en boucle en vous écri­vant ; sinon quand je peins j’aime écou­ter Phi­lipp Glass, Domi­nique A, Mas­siv Attack, Les Têtes Raides, cer­taines musiques de film, Mike Old­field, “l’empereur” de Bee­tho­ven, Mohini Ges­weih­ler, Woodkid…

Quel est le livre que vous aimez relire ?
J’ai relu trois fois “Le souffle de l’ours” d’Audrey Schul­mann. Je crois que c’est le seul livre que j’ai jamais relu et pour­tant ce n’est pas for­cé­ment le plus beau mais c’est sûre­ment un livre que j’aime lire. Si je l’ai lu trois fois, ça doit bien vou­loir dire quelque chose, non ?

Quel film vous fait pleu­rer ?
Presque tous.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Quelqu’un de plus vieux que moi

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Une incon­nue. Envoyer une lettre à une incon­nue, prise au hasard dans l’annuaire quelque part au bord de l’océan et fabri­quer, avec un peu de chance, une rela­tion à par­tir de rien. J’aimerais bien.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Le ciel et puis Rome.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
D’abord mes ami(es) qui des­sinent ou qui peignent. En fait, je crois que je me sens proche de tous ceux qui peignent en y met­tant leur tripes Mais j’aimerais pou­voir dire que je suis un peintre qui est proche des dan­seurs et des musi­ciens, deux choses qui me paraissent tota­le­ment inac­ces­sibles à pra­ti­quer et qui pour­tant me donnent un plai­sir fou.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
La sagesse et la folie dans une même boîte.

Que défendez-vous ?
Je ne sais pas. Peu de chose je crois et je le regrette

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Est-ce que ça veut dire que l’amour est impossible ?

A Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?” et Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ? La réponse est oui…

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 9 octobre 2015.

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