Loïc Le Borgne, Il

Pour­quoi ne seraient-ils pas déjà parmi nous ?

Un acci­dent de voi­ture a coûté la vie à la mère de Romane et entraîné, pour elle, une mono­plé­gie qui s’est por­tée dans une jambe, fai­sant de celle-ci un truc mou et sans tonus. Elle ne se déplace qu’avec des béquilles. En vacances à Tem­pleuve, elle attend l’arrivée d’Élouan, son cou­sin, qui vient pas­ser quelques semaines, ses parents étant aux USA pour rai­son pro­fes­sion­nelle. Celui-ci, à son corps défen­dant, capte les pen­sées des autres, leurs sen­ti­ments et semble com­prendre, et se faire com­prendre, des ani­maux.
Six ado­les­cents du vil­lage forment une bande menée par Valen­tin et Connor. Ils s’amusent, entre autres, à per­sé­cu­ter Bap­tiste, un gar­çon un peu pataud avec quelques kilos en trop. Celui-ci, ami de Romane, ren­contre Élouan. Bien qu’il soit très fort au baby­foot, il se fait battre par Élouan qui affirme jouer pour la pre­mière fois. Ce der­nier prend sa défense quand, avec Romane, ils voient arri­ver Bap­tiste pour­suivi par la meute qui se plaît à le ter­ro­ri­ser. Mais c’est dans une car­rière aban­don­née que se noue un pre­mier drame, quand la bande, qui consi­dère les lieux comme son ter­ri­toire, menace les deux gar­çons. Nep­tune, le chat de Romane, attaque Connor et le griffe vio­le­ment. Élouan déclenche une chute de pierres et une tem­pête de sable.
C’est alors l’escalade…

Dans ce roman, Loïc Le Borgne aborde les thèmes rela­tifs à la dif­fé­rence, les effets qu’elle peut engen­drer, ceux-ci allant du rejet, pur et simple, à la peur et à ses réper­cus­sions bru­tales et vio­lentes. Il aborde éga­le­ment les méca­nismes qui régissent un groupe, depuis le lea­der­ship, et la façon de l’imposer, jusqu’aux dérives pour le gar­der. Il intègre éga­le­ment le han­di­cap et les consé­quences tant pour l’individu qui est tou­ché que pour son entou­rage. Il mêle les atti­tudes et les excès qui peuvent décou­ler de souf­frances endu­rées dans un milieu fami­lial en déshé­rence.
Mais le prin­ci­pal sujet reste cette évo­lu­tion de l’humanité que serait l’accès à la télé­pa­thie. Com­ment l’humanité pourrait-elle gérer, s’organiser, vivre si tous les humains étaient connec­tés par la pen­sée, que cha­cun puisse connaître les véri­tables pen­sées, sen­ti­ments, émo­tions de ceux qu’il côtoie ? La liberté indi­vi­duelle qui se res­treint de jour en jour avec les moyens modernes de com­mu­ni­ca­tions, de loca­li­sa­tion, serait tota­le­ment per­due. Mais ima­gi­nez une société où les idées cri­mi­nelles seraient connues dès leur ori­gine, les magouilles dévoi­lées dès leur for­mu­la­tion en pensée.

Loïc Le Borgne met par ailleurs  en scène un auteur de science-fiction qui : “…écrit des his­toires de mutants ou des trucs comme ça…” Est-ce un auto­por­trait ? Il donne en tout cas aux lec­teurs de ce genre lit­té­raire des capa­ci­tés d’adaptation supé­rieures aux autres. La lec­ture, la réflexion, sur ces sujets pré­parent, selon lui, à affron­ter plus faci­le­ment des situa­tions incon­nues.
Avec Il, le roman­cier signe une aven­ture pal­pi­tante, en ten­sion, tout en abor­dant nombre de sujets de réflexion.

serge per­raud

Loïc Le Borgne, Il, Édi­tions Syros, coll. “Soon”, juin 2015, 272 p. – 15,90 €.

 

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