Alejandro González Iñárritu, Birdman

Quand le paraître prime sur l’être

Synop­sis
À l’époque où il incar­nait un célèbre super-héros, Rig­gan Thom­son était mon­dia­le­ment connu. Mais de cette célé­brité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de mon­ter une pièce de théâtre à Broad­way dans l’espoir de renouer avec sa gloire per­due. Durant les quelques jours qui pré­cèdent la pre­mière, il va devoir tout affron­ter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego. S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Cer­tains sont plus ego que les autres
De manière aussi obvie qu’explicite, Rig­gan, peut-être comme tout un cha­cun ici-bas, est à la recherche, com­plexe et déli­cate, avec la mélan­co­lie et la dépres­sion schi­zo­phré­nique en prime, de la place (en tant qu’homme comme en tant qu’artiste) qui lui revient dans l’univers. Et il a un tel sens de l’ego, lui qui a été connu dix ans aupa­ra­vant du monde entier avec son rôle de Bird­man le super-héros – mais ça c’était avant, avant la tra­ver­sée du désert dont il n’est à pro­pre­ment par­ler, loin s’en faut, pas encore sorti – qu’il se pense sur­hu­main et doté de facul­tés fan­tas­tiques (telle la télé­ki­né­sie) alors qu’on a affaire seule­ment aux effets colé­riques (inté­rio­ri­sés dans son esprit, faus­se­ment exté­rio­ri­sés à l’écran) de sa soli­tude ou de sa frus­tra­tion.
Au sein d’une énième varia­tion sur le thème du métier de comé­dien (le vam­pi­ri­sant cinéma de l’industrie hol­ly­woo­dienne est tout le temps vili­pendé, la recon­nais­sance du talent des grands acteurs étant réser­vée au seul théâtre éli­tiste, sauf le « double » de Rig­gan, Bird­man, qui méprise cette forme d’art et pousse Rig­gan à reve­nir au cinéma d’action), cette dimen­sion, mythique comme schi­zo­phré­nique (mélange qui a la dent dure par­ti­cu­liè­re­ment aux Etats-Unis) de la méta­mor­phose, rap­pelle com­bien cer­tains indi­vi­dus éprouvent vis­cé­ra­le­ment, au tré­fonds de leur être, le besoin d’un chan­ge­ment radi­cal, sinon dans l’histoire col­lec­tive (capable  visi­ble­ment de les oublier mal­gré leur génie d’un temps), du moins de leur exis­tence sin­gu­lière. N’est-ce pas après tout ce que vit au quo­ti­dien le comé­dien qui monte sur scène, qui brûle les planches et crève l’écran (défi­ni­tion pre­mière et éty­mo­lo­gique de l’é-vidence) ?

Riggan, qui mal­gré la conso­nance de son nom n’aura pas su agir pour modi­fier la réa­lité poli­tique de son pays, peut ainsi espé­rer, selon une logique du pire, amoin­drir par ses pres­ta­tions d’acteur l’aliénation du citoyen ordi­naire : en se trans­for­mant, sans même avoir à endos­ser la pano­plie peu dis­crète d’homme-oiseau qui a assis sa célé­brité jadis, l’artiste mau­dit veut rendre sup­por­table un réel par trop décep­tif. Encore ne suffit-il pas de se trans­for­mer soi-même, en endos­sant une per­ruque et en chan­geant de jaquette, pour modi­fier l’ordre du monde ou, ce qui nous est mon­tré tel a prima facie, l’espace para­noïaque d’un théâtre laby­rin­thique. Rig­gan l’expérimente bien­tôt de plein fouet, au fur et à mesure des péri­pé­ties gre­vant les avant-premières de la pièce qui devrait signa­ler son sacre au vu et au su de tous : prendre de la dis­tance par rap­port à son corps propre, s’éloigner des inex­tri­cables situa­tions de la mélasse quo­ti­dienne où il est plongé jusqu’au cou (ses pro­blèmes avec son ex-femme, ses dif­fi­cul­tés avec sa fille qui sort de cure de dés­in­toxi­ca­tion, ses ennuis d’argent pour finan­cer sa pièce sal­va­trice à Broad­way) ne per­met pas d’altérer la réa­lité, plus exac­te­ment la nor­ma­lité, que l’on subit.
Voilà le drame qui se joue dans son esprit qui s’incarne pour le spec­ta­teur par les appa­ri­tions, démo­niques (si on est pla­to­ni­cien) comme démo­niaques (si on a l’esprit porté sur le théo­lo­gique), de Bird­man ainsi que par une sourde voix-off han­tant un Rig­gan aux nerfs fort en pelote, qu’on devine, à l’instar de Michaël Dou­glas dans le film épo­nyme, au bord de la « chute libre ».

Quand l’identité bat de l’aile : en avoir ou pas…
De là le para­si­tage per­ma­nent, et esthé­ti­que­ment réussi – notam­ment par la vertu des plans-séquences (avec une moyenne de durée entre cinq et dix minutes cha­cun !) filant la matière fil­mique même –, entre film et réa­lité, entre cinéma et théâtre, entre sym­bole et icônes, entre ima­gi­na­tion débri­dée et per­cep­tion lucide, qui ali­mente l’œuvre tout du long. Mais où situer le réel au juste dans un long métrage dont la pre­mière image, Rig­gan en slip, en lévi­ta­tion dans sa loge, laisse d’emblée entendre que la caméra est ici tout sauf objec­tive ? A dire le vrai, il est bien dif­fi­cile de déter­mi­ner, en tant que spec­ta­teur, à quel Michael Kea­ton on a affaire : un ancien super-héros sur le retour, ce fameux Bird­man lui-même ou encore l’acteur Michael Kea­ton à la fin de car­rière dif­fi­cile après avoir autre­fois incarné à l’écran deux Bat­man plus ou moins ailés et zélés qui ont fait florès.

Et par ailleurs, Iñár­ritu (à qui l’on doit Babel, 21 grammes ou Amours chiennes) ne se contente pas de jon­gler entre dif­fé­rents degrés de réa­lité, il s’ingénie à mul­ti­plier pour mieux les brouiller les pistes, qu’elles soient visuelles ou sonores : lon­gueur excep­tion­nelle des plans-séquences offrant un « direct » uni­taire inin­ter­rompu (sur le modèle ori­gi­naire de La corde d’Hitchcock) avec d’imperceptibles rac­cords de mon­tage tout de même, omni­pré­sence de la musique assour­dis­sante à l’envi, plé­tho­riques ellipses (avec par­fois de sur­pre­nants bonds dans le temps à l’intérieur d’une même scène), dia­logues quasi per­ma­nents et érup­tifs : tout concourt, pour notre plus grande joie, à accen­tuer une per­cep­tion psy­cho­tique d’un monde confondu avec le chaos le plus total (voir la séquence où Riggan/Birdman vole entre les gratte-ciels en com­bat­tant l’ennemi, avec des explo­sions en rafale dans la rue tan­dis que les pas­sants demeurent com­plè­te­ment indif­fé­rents).
Par ce dis­po­si­tif des plans conti­nus, le réa­li­sa­teur crée un pont indé­fec­tible entre cinéma et théâtre. Ce qui vaut pour les personnages/personnes vaut aussi pour les lieux : on ne constate aucune rup­ture entre les cou­lisses et la scène ; la parenté trouble entre sujet et mise en scène se pour­suit jusque dans le per­son­nage d’Edward Nor­ton, l’acteur pré­ten­tieux Thom­son qui veut être le plus réa­liste pos­sible dans son jeu (son credo est qu’on “joue” dans la vie pri­vée alors qu’on est plei­ne­ment soi-même quand on par­vient à vivre un rôle), affi­chant sur scène une impres­sion­nante érec­tion et pro­po­sant à sa par­te­naire de ne pas simu­ler la copu­la­tion de leurs per­son­nages devant le public (la cri­tique pour­tant acé­rée qui se pro­po­sait de balayer la mise en scène de Rig­gan ne s’y trom­pera pas et saluera contre toute attente la per­for­mance dite « méta-réaliste » de Thomson).

Quant au der­nier geste de Rig­gan sur scène, il est auréolé d’une ambi­guïté com­plète tant il est pos­sible d’y voir aussi bien une véri­table ten­ta­tive de sui­cide qu’un effort déses­péré pour mon­trer au public jusqu’où un acteur est capable de vider ses tripes sur les planches. Ou encore le seul expé­dient dis­po­nible afin de faire sur­gir dans ce monde arti­fi­cieux et fic­tif du théâtre une part de réel incom­pres­sible. Sommes-nous face à un film sur le théâtre ou à du théâtre filmé, toute dis­tance abo­lie entre le 6ème et le 7ème art, nous ne savons plus trop.
Il semble alors net­te­ment, aux confins du cogito car­té­sien et de l’être sha­kes­pea­rien, au pour­tour de la rela­tion dia­lec­tique qui unit ces grandes notions phi­lo­so­phiques que sont l’amour et la vacuité, que Bird­man inter­roge de manière prin­ci­pale les fon­da­tions de l’identité pré­ten­due per­son­nelle, ce moi énig­ma­tique Hume que pré­sen­tait dans le Traité de la nature humaine, contre les « chi­mères des méta­phy­si­ciens » y voyant une pure sub­stance, tel un simple fais­ceau de sen­sa­tions confuses se bous­cu­lant sur les planches d’un théâtre (jus­te­ment). Loin de réduire le débat au fait de savoir si Rig­gan réus­sira à sup­pri­mer la menace repré­sen­tée par son double dia­bo­lique, la réflexion huma­niste que sou­lève le film est bien alors de déter­mi­ner s’il n’y a pas plu­tôt une kyrielle d’éléments plu­riels et pas tous néces­sai­re­ment tan­gibles — dont le regard d’autrui — qui inter­viennent dans la construc­tion de cette iden­tité pré­ten­du­ment egologique.

Le drame du per­son­nage prin­ci­pal tient dès  lors, mal­gré les effets de comique induits, à ce qu’il ne sait pas s’il est Rig­gan ou Bird­man (ce der­nier valant comme indice du Sur­moi freu­dien inhé­rent à cha­cun). Et à ce qu’il tarde à com­prendre, trop obnu­bilé par la vanité pué­rile de la réus­site, de la for­tune et de la célé­brité, que chaque homme est peu de chose au regard de l’absoluité des valeurs, des sen­ti­ments, de l’amour, qui seuls nous sau­ve­ront du nau­frage géné­ra­lisé de la société : de l’intérêt ver­tueux de savoir faire montre, dans la ren­contre altruiste, d’un désen­ga­ge­ment envers les « bords déchi­quet­tés » de toute vérité (Mel­ville). Sans doute est-ce pour cela que, dans une scène d’une rare sobriété, la fille per­due de Rig­gan lui assène que chaque être humain n’est qu’un modeste tiret porté au crayon sur un rou­leau de papier toi­lettes dévidé qui en contient des mil­liers (Rig­gan effa­cera mal­en­con­treu­se­ment l’humanité entière en se mou­chant dans le feuillet qui la cir­cons­crit au sein de cet uni­vers) : pous­sière – même si c’est d’étoiles, ces stars US –, tu n’es que poussière…

La pul­sion sco­pique ou l’évacuation du monde
L’on com­prend mieux à cette aune alors l’exigence d’authenticité et de vérité de Rig­gan. Si la nos­tal­gie demeure, inamo­vible en lui, d’avoir été l’aussi puis­sant que renommé Bird­man (dont il paraît avoir tant de mal à se défaire), il ne cesse dans le même temps, en allant jusqu’à miser sa che­mise (il en est réduit, lui qui a refusé Bird­man IV, rendez-vous compte, à finan­cer lui-même l’adaptation pour la scène d’une nou­velle de Ray­mond Car­ver, « Parlez-moi d’amour », voire à hypo­thé­quer sa mai­son afin de payer les cachets de l’acteur qu’il vient de recru­ter à la veille de la géné­rale), de tout mettre en oeuvre pour se débar­ras­ser de ce car­can asphyxiant afin de « per­for­mer » de manière authen­tique, en fai­sant du « vrai théâtre » – graal de celui qui attend jusqu’au déses­poir et au sui­cide (si l’on accorde un once de réa­lisme à l’avant-dernière scène du film) la recon­nais­sance de ses pairs.
Sa folie – indé­niable –, en tant que pro­duit de la société de masse et de consom­ma­tion, ne sau­rait être rache­tée que par la thé­ra­pie assu­mée que rend pos­sible, en cir­cuit fermé/ouvert, le lien acteur/public. Ce qui importe au plus haut point, au-delà de l’estime de soi immé­diate, c’est donc de briller (s’envoler ?) sur scène, même après avoir sac­ca­ger sa loge ou s’être pris le bec avec ses proches quant au des­tin de ce spec­tacle sem­blant mort-né.
Bref, de par­ve­nir à se faire aimer ou dési­rer. Que ce soit par les attraits d’une pièce hau­te­ment intel­lec­tuelle ou les ver­tus cathar­tique d’un block­bus­ter (quand bien même le cinéaste ins­piré livrerait-il ici une cri­tique viru­lente du nou­veau Hol­ly­wood qui pri­vi­lé­gie les films à gros bud­gets sans contenu). Fina­le­ment, tout n’est-il pas vain sauf l’amour qui, lui, est absolu ? Iñár­ritu flirte ici avec Ope­ning night où Cas­sa­vetes fil­mait avec maes­tria la folie que per­met­tait de cana­li­ser la thé­ra­pie par la scène et le jeu). Il n’est pas cer­tain que cette dimen­sion thé­ra­peu­tique posi­tive soit pré­sente dans Bird­man si l’on nous accorde que le der­nier plan main­tient une per­sis­tance nar­cis­sique dans le fan­tasme du tout-est-possible au mépris de la réa­lité la plus élé­men­taire (ne serait-ce que le prin­cipe de la gravité).

D’où une ques­tion essen­tielle que Des­cartes n’aurait pas reniée dans le Dis­cours de la Méthode : la fron­tière entre les deux se révé­lant brouillée, sommes-nous condam­nés à prendre nos désirs, nos fan­tasmes pour des réa­li­tés ou, rela­tion symé­trique inver­sée, à tenir la réa­lité pour quelque chose de l’ordre du désir ? Impos­sible par­tant, forme et fond se rejoi­gnant dans le pro­jet qui nous est sou­mis (les aléas d’une vedette de l’industrie hol­ly­woo­dienne qui tente un come back sur les nobles planches, au grand dam de la cri­tique), de pas­ser sous silence le parti pris du réa­li­sa­teur. La pol­lu­tion para­noïaque, consen­tie et encou­ra­gée, de l’image du réel par le fic­tif Bird­man et ses exploits, contri­bue en effet et sans cesse à assi­mi­ler la réa­lité à la fic­tion, et inver­se­ment.
De même, la caméra, sou­vent pla­cée sur l’épaule et située au plus près des visages (serait-ce le fan­tasme psy­cho­tique ou la pul­sion fusion­nelle d’entrer dans le corps et l’esprit de l’autre ?), qui serait cen­sée par­fois lâcher prise ou épou­ser le « il y a » phé­no­mé­no­lo­gique dans son doux affleu­re­ment à la sur­face iri­sée du réel, obéit-elle au prin­cipe inverse de tout sai­sir, de mul­ti­plier les enchaî­ne­ments fluides, de ne jamais ces­ser – sauf à de rares reprises – son mou­ve­ment de pré­hen­sion du monde y com­pris dans ses détails les plus insi­gni­fiants, la pul­sion sco­pique mise en avant par Lacan balayant tout sur son pas­sage. Tout, c’est-à-dire le monde et les êtres qui le peuplent au pro­fit du seul Per­son­nage qui incarne la jouis­sance rece­vable.
Forme ciné­ma­to­gra­phique de la folie, le plan-séquence est le pen­dant d’un humour noir tra­gique qui pousse à se deman­der si Rig­gan est en train de pleu­rer dans le rire ou de rire dans les pleurs. Et qui amène cha­cun à dou­ter, en même temps que l’anti-héros, de la « réa­lité » de ce que l’écran montre. Les super-héros emprun­tés à Mar­vel n’existent pas empi­ri­que­ment, ce qui n’empêche cer­tains, déta­chés des vicis­si­tudes du monde réel, de leur vouer un culte. Rig­gan n’est pas plus sur­hu­main que cha­cun de nous, il ne com­bat pas le crime en sillon­nant le ciel même s’il en rêve : le fan­tas­tique qui s’immisce d’aventure dans le récit n’a donc aucu­ne­ment pour fonc­tion ici d’être point de rup­ture mais de nous faire prendre conscience de cer­taines vir­tua­li­tés ou réa­li­tés du quo­ti­dien. Cela est-il suf­fi­sant pour renouer avec le sou­hait hei­deg­ge­rien, eu égard au Dasein, d’ “habi­ter le monde en poète”, rien n’est moins sûr tant Bird­man vise à consa­crer la dilu­tion de l’être-au-monde.

Reste que, nul ne le contes­tera, le pan­se­ment qu’on lui appose à l’hôpital après qu’il ait tourné contre lui-même, non pas le revol­ver fac­tice habi­tuel du théâtre, mais une arme véri­table lui donne un nez (refait) en forme de bec. Et qu’on ne sait pas si son ultime saut par la fenêtre doit être inter­prété comme un moyen de s’envoler (vrai­ment) ou d’en finir (une bonne fois pour toutes) avec cette mas­ca­rade qu’est la vie. Et si Rig­gan par­ve­nait à échap­per à l’emprise de l’homme-oiseau en déployant ses rémiges et deve­nant bel et bien Bird­man ?
La morale de l’histoire, en hom­mage à la per­sé­vé­rance, à la déter­mi­na­tion pour­rait être la sui­vante : on peut être divorcé, has been, vieillis­sant, en conflit avec ses démons, “plumé”, il est tou­jours pos­sible pour celui qui a la foi de dépas­ser ses tor­tures inté­rieures pour prendre son envol. Le sous-titre du film (« La sur­pre­nante vertu de L’Ignorance ») le clai­ronne sans ambages : le moindre simple d’esprit volon­ta­riste dis­po­sera tou­jours d’un royaume prêt à l’accueillir car l’obstination méta-réaliste, l’ignorance, donne des ailes.

fre­de­ric grol­leau

Bird­man
Réa­li­sa­teur : Ale­jan­dro Gonzá­lez Iñár­ritu (2015)
Avec : Michael Kea­ton, Zach Gali­fia­na­kis, Edward Nor­ton, Naomi Watts
Genre : Comé­die, Drame
Durée : 1H59mn
Dis­ti­bu­tion DVD : Twen­tieth Cen­tury Fox France — 17,99 €.

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