Silvia Härri , Extravagances

La dis­crète

Par frag­ments sur­git le non-vu ou se laissent adve­nir les choses que la vue sou­vent ignore, que l’oreille n’enregistre pas. Pour Sil­via Härri, écrire, c’est se mettre en dis­po­ni­bi­lité et res­sai­sir. Le crayon est donc une île. Une île d’elle. Avec ça et là des sil­houettes, des dia­logues, des pen­sées qui ren­voient au silence comme à l’extase. Dans le des­sein caché se trouve l’envers du quo­ti­dien en une qua­li­fi­ca­tion de l’inquiétude, de l’amour et de ce qui « extra­vague ». Il y a un corps et un autre. Par­fois insé­pa­rables. Tout en sachant que c’est au-delà qu’ils existent. Rien pour­tant d’extérieur à la scène mais il ne s’agit pas pour autant de la carac­té­ri­ser avec trop de pré­ci­sion. Reste une frac­tion de pas­sion qui tient le corps en sus­pens. Sous la menace de l’inconnu. Il est prêt au pire comme au meilleur.

Et parce que Sil­via Härri sait tou­jours se faire dis­crète, ses mots prennent le relais. Des mots de chair plus que des signes. Demeurent le champ de la chair et son puits au milieu. Le poème est une corde dans ce puits. Le gra­phite du crayon fait de l’auteure la noire sœur de l’écriture. Elle enflamme le réel et fait naître des sen­sa­tions dans son mono­logue qui devient dia­logue. La poé­tesse suisse appa­raît un peu comme un ange. Mais cet ange ne fait pas que pas­ser : il se fixe de manière étrange, para­doxale. Ce qui hante vis­cé­ra­le­ment la poé­tesse trans­pa­raît de manière épu­rée et magné­tique.
Le texte ordonne, balise, trame le réel. Lui donne une den­sité par effet de légè­reté et sobriété au sein d’une émo­tion oubliée ou incon­nue que Sil­via Härri déve­loppe là où l’œil est ému par l’impact de ce qu’il per­çoit, de ce que l’affecte. Tous les mots semblent ramas­sés en che­min comme une petite mon­naie. Leur souffle devient l’archétype du visible, il s’élève en toute humi­lité vers l’irréductible.

lire notre entre­tien avec l’auteur

jean-paul gavard-perret

Sil­via Härri , Extra­va­gances, Edi­tions Empreintes, Chavannes-près-Renans, 2015.

1 Comment

Filed under Poésie

One Response to Silvia Härri , Extravagances

  1. Härri Silvia

    Tout d’abord, merci de tout cœur pour ce compte-rendu qui tra­duit si bien le fond de ma pen­sée! Je sou­hai­te­rais beau­coup faire par­ve­nir un exem­plaire d’Extravagances à Jean-Paul Gavard-Perret, com­ment puis-je m’y prendre ?
    Belle journée.

    Sil­via Härri

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