Serge Brussolo, Mange-monde

Délire catas­tro­phiste ?… Bien­ve­nue sur une Terre dont, grâce aux démons des­truc­teurs des hommes, il ne reste presque rien

Délire catas­tro­phiste ? Pes­si­misme galo­pant Cau­che­mar vision­naire ? Bien­ve­nue sur une Terre dont, grâce aux démons des­truc­teurs des hommes, il ne reste presque rien…

Sur cette Terre, seuls les enfants croient encore à la fable d’un monstre marin qui gri­gnote les falaises et se nour­rit des pays, Mange-monde. Le fait est que sur cette Terre, il y a comme un bour­don­ne­ment inces­sant, les sis­mo­graphes s’affolent en per­ma­nence, les ani­maux sont débous­so­lés, la terre se lézarde : ce sont les signes avant-coureurs du bord du monde qui se rap­proche, un peu plus chaque jour, fai­sant fuir les gens vers l’intérieur des conti­nents. À mesure qu’on les éva­cue, les villes bas­culent dans la mer, les contours des cartes sont constam­ment rema­niés. Dans ce grand exode qui n’en finit pas et où on n’a plus rien à soi a grandi Mathias. Main­te­nant il sait la ter­rible vérité sur Mange-monde.

Mange-monde est un autre nom pour la guerre nou­velle façon. Des bombes propres sans radia­tions ni virus qu’on a jetées dans la mer, et qui trans­forment pro­gres­si­ve­ment la Terre en une pla­nète liquide. En atten­dant, la France n’est plus désor­mais qu’un semis d’atolls, des mor­ceaux numé­ro­tés où les habi­tants sur­vivent dans la nos­tal­gie d’avant, accro­chés à leurs sen­ti­ments d’avant. Ces terres déso­lées ont ins­piré aux auto­ri­tés un nou­veau métier : la sculp­ture d’atoll à la dyna­mite, un art qui a pour mis­sion de redon­ner un visage pres­ti­gieux aux contours côtiers. On taille et on retaille les atolls, et comme dans tout art, de nou­velles écoles naissent. Après le réa­lisme aca­dé­mique où Mathias s’est fait une belle noto­riété viennent le sur­réa­lisme, le cubisme… Avec le vent qui tourne, vient la fatigue. Mathias émigrera-t-il omme beau­coup vers la Lune, deve­nue le monde sec de l’avenir ?

Lorsque la terre ferme devient une notion qui fait rire, et lorsqu’on ne se sent pas la fibre inter­pla­né­taire, il reste le rêve. Pour Mathias, c’est l’éveil à une voca­tion aux anti­podes d’un art explo­sif, qu’il ten­tera de réa­li­ser en par­tant à pied sur la mer vers l’île mythique des Têtes molles. Parce que, oui, la mer est deve­nue caou­tchou­teuse, on peut mar­cher des­sus ! Cette image nous fera-t-elle ava­ler l’allégorie funèbre tis­sée par Brus­solo d’un monde défi­guré par la guerre ? Brus­solo est un auteur très pro­li­fique puisqu’il a à son actif plus de 150 romans dont plu­sieurs pri­més. Si celui-ci paraît trop effrayant ou trop glauque, on peut tou­jours voya­ger dans son œuvre à la recherche de sujets moins déprimants.

c. d’orgeval

   
 

Serge Brus­solo, Mange-monde, Gal­li­mard coll. “Folio SF”, 2004, 160 p. — 4,10 €.

 
     
 

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