Catherine Quilliet, La fuite est un art lointain

Celle qui vou­lait res­sem­bler à Flo­rence Aubenas

Cathe­rine Quilliet a retenu la leçon de style d’Hemingway plus que de Flo­rence Aube­nas à qui elle vou­drait res­sem­bler. Par chance, elle s’en éloigne pour le bien de ses nou­velles… L’auteure a assi­milé le rap­port entre l’écriture et le monde contem­po­rain. Le genre de la nou­velle lui per­met de culti­ver un pen­chant pour la “fable”. Elle rend ses nou­velles inou­bliables. L’intelligence et l’humour sont à l’affût des réa­li­tés selon une inépui­sable fan­tai­sie. Caro­line Quillet ne s’encombre pas de théo­rie lit­té­raire et voue une pas­sion par­ti­cu­lière aux his­toires appa­rem­ment simples mais où — dans une langue par­fai­te­ment claire — la poé­sie flirte avec le réel.
“Un enter­re­ment de plus avec ma mère” qui clôt le recueil est un véri­table chef-d’œuvre du genre. Et si le lec­teur ne croit pas tou­jours sur parole la nar­ra­trice, il se délecte de récits où la terre est peut-être le miroir d’un ciel qui ne reflète que l’ombre des images. Vibrante des échos de sa société telle qu’elle devient, l’écriture met en fuite les idées reçues selon un “art loin­tain”. Il fait le jeu de la proxi­mité. L’ironie, la fausse can­deur et la rigueur carac­té­risent une ins­pi­ra­tion qui s’apaise d’un sourire.

Le recueil prouve une force rare d’écriture. Elle “blague” pour s’élever contre bien des impos­tures, autant de la lit­té­ra­ture que du réel. Sou­dain les mots poussent non pas vers le ciel et la mort, mais rap­prochent de l’argile ter­restre et de la vie dont la créa­trice tente de décou­vrir un cer­tain nombre de plis cachés sans don­ner l’impression d’y tou­cher. Cathe­rine Quillet fait donc entrer ce que nous nom­mons “le réel” dans le lieu de l’insécurité à tra­vers des arpents de lumière arra­chés à l’obscur — pour l’apprivoiser.
Sous la peur de vivre couve tou­jours des exis­tences incan­des­centes. Dans les ins­tants de vie, diverses formes de ten­dresse, d’intimité avec l’inespéré — insé­pa­rables cepen­dant du pré­vi­sible — font péné­trer le lec­teur dans une res­sem­blance qu’il ignore encore. Il ne faut pas cher­cher l’ailleurs mais l’ici-même dans l’ascèse mais aussi la sen­sua­lité et la fan­tai­sie pri­me­sau­tière plus pro­fonde qu’il n’y paraît.

Lire notre entre­tien avec l’auteure :   http://www.lelitteraire.com/?p=14149

jean-paul gavard-perret

Cathe­rine Quilliet, La fuite est un art loin­tain, nou­velles, Edi­tions Paul & Mike, Paris, 2015, 216 p. — 13,00 €.

 

3 Comments

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3 Responses to Catherine Quilliet, La fuite est un art lointain

  1. Villeneuve

    Mon­sieur JPGP , à défaut du pré­nom , cerne fort bien l’écriture désen­chan­tée de Cathe­rine Quilliet tou­jours aux aguets d’un trouble déca­lage qui offre humour et gra­vité dans des nou­velles variées y com­pris dans ce der­nier et joyeux enter­re­ment … Paternel ?

    • admin

      merci à vous de nous per­mettre de rendre à césar ce qui est à césar, et à cathe­rine ce qui n’est point à caro­line !
      cdlmt,
      la redac­tion du litteraire

  2. Suzanne Lambert

    Je ne peux pas dire que j’ai trouvé dans ce livre tout ce que dit Mon­sieur Gavard-Perret mais ce doit être vrai. Pour ma part, j’ai sim­ple­ment décou­vert une écri­ture tout à fait éton­nante, forte et légère à la fois, extrê­me­ment vivante, et très ori­gi­nale et des sujets de nou­velle sor­tant de l’ordinaire. Or je trouve cela rare et sur­pre­nant. J’attends avec impa­tience de lire d’autres textes sous cette plume.

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