Peter Downsbrough, Set In

Montrer moins pour “dire” mieux

Avec  Set In, Peter Downs­brough reprend un concept visuel qui lui est cher. Il devient le centre du livre comme il l’avait déjà fait avec son jeu de dé ins­piré par le texte de Mal­larmé ( « Jamais un coup de dés n’abolira le hasard »), ses pho­to­gra­phies de des­truc­tion d’immeubles prises à Munich, Calais, Lille et Valen­ciennes, de par­kings à Ber­ke­ley en Cali­for­nie, ou encore ses doubles mots  « Words, Words », ses flip books et sa recol­lec­tion immeubles de l’architecte Roland Simou­net (Volume).
Dans  Set In  l’artiste ras­semble 16 pho­to­gra­phies en noir et blanc repré­sen­tant uni­que­ment des car­rières de pierres, des murs de briques et des blocs de béton com­bi­nés à de fines lignes hori­zon­tales, de bandes noires ver­ti­cales. Le tout ponc­tué de mots. S’y conjugue une carte mini­male, intem­pes­tive et ren­ver­sée comme un miroir accom­pa­gnée d’une note sur la tra­ver­sée du désert. Une nou­velle fois, l’artiste amé­ri­cain ins­tallé à Bruxelles ren­verse les concepts de livre et d’espace. Son approche de l’art mini­mal et concep­tuel rejoint la poé­sie concrète et spa­tiale liée elle-même à une approche ana­ly­tique et géo­mé­trique de l’abstraction du construc­ti­visme russe.

L’artiste ins­truit dans son livre méthode et image. Une telle entre­prise plas­tique et « lit­té­raire » ambi­tieuse pose la ques­tion de la lec­ture de l’espace comme du livre, leur orga­ni­sa­tion, leur rythme et leur struc­ture en une série de lignes paral­lèles. Chaque page est consi­dé­rée comme une boîte dont les conjonc­tions chères à l’auteur indiquent la direc­tion en un cabi­net gra­phique et plas­tique laby­rin­thique où les vocables de liai­son habitent l’espace.
Le lecteur/regardeur est donc sou­mis à un réseau de diverses lignes selon plu­sieurs axes, angles et mots presque insi­gni­fiants qui se réduisent à des outils pour spa­tia­li­ser le sens. La « syn­taxe » est spa­tia­li­sée, l’espace recèle en lui sa propre gram­maire. Le tout en une archi­tec­ture dévoi­lée par typo­gra­phies et pho­to­gra­phies dont les pages deviennent des cadrages mais aussi la pos­si­bi­lité de dépla­ce­ments hypothétiques.

jean-paul gavard-perret

Peter Downs­brough,  Set In, Edi­tions Enig­ma­tiques, Paris, 2015, 60 p. — 20,00 €.

Leave a Comment

Filed under Arts croisés / L'Oeil du litteraire.com, Poésie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>