Tartuffe (Molière / Luc Bondy)

 Un véri­table tra­vail de recréation

On s’installe face à un superbe pla­teau, lui­sant dans la pénombre, sous la lumière dont les gra­dins sont éclai­rés. Le mobi­lier contem­po­rain est ins­crit dans un cadre d’allure sobre, sou­te­nue, mais minée dans son sou­bas­se­ment par un sol en damiers d’un noir et blanc très contras­tés. Il en émane un espace scé­nique par­fai­te­ment géo­mé­trisé, expli­cite et impla­cable. Les comé­diens sont typés, cha­cun ins­tallé dans son per­son­nage, éton­nam­ment pré­sent dans l’anonymat de son cos­tume et de ses gestes pon­dé­rés. Un étrange échange se noue entre ces monstres d’intériorité. Même les éclats semblent cla­meurs conte­nues. La scène est déli­bé­ré­ment actua­li­sée, par quelques acces­soires ana­chro­niques, par des com­por­te­ments sur­tout qui disent d’abord notre époque.

Eton­nante actua­li­sa­tion : pro­pos désuet, obso­lète, res­ti­tué dans son acuité psy­cho­lo­gique, à tra­vers une dra­ma­tur­gie renou­ve­lée. Luc Bondy a repris une scé­no­gra­phie déjà éprou­vée en 2013 à Vienne, mais il a pro­duit avec les acteurs rete­nus par Patrice Ché­reau un véri­table tra­vail de recréa­tion. La repré­sen­ta­tion appar­tient à la troupe, qui semble se trou­ver dans le jeu qu’elle exhibe. L’ensemble est très sty­lisé, au point que la langue de Molière paraît presque lui don­ner une verve spon­ta­née. On assiste à une incon­tes­table réus­site, de style clas­sique, dyna­mi­sée par des audaces ponc­tuelles, tem­pé­rée par une maî­trise conti­nue. On suit le texte tel­le­ment retenu, cir­cons­crit, avec légè­reté et acuité, comme porté(e)(s) par une ondu­la­tion incisive.

Chris­tophe Giolito

 

Tar­tuffe, de Molière

Mise en scène de Luc Bondy

Avec :

Gilles Cohen, Lorella Cra­votta, Léna Dan­gréaux, Vic­toire Du Bois, Fran­çoise Fabian, Jean-Marie Frin, Laurent Gré­vill, Clo­tilde Hesme, Yan­nick Lan­drein, Micha Les­cot, Yas­mine Nadifi, Fred Ulysse, Pierre Yvon.

© Thierry Depagne

Décor Richard Peduzzi ; cos­tumes Eva Des­se­cker ; lumière Domi­nique Bru­guière ; maquillages/coiffures Cécile Kretschmar.

Avec la par­ti­ci­pa­tion artis­tique du jeune théâtre natio­nal ; pro­duc­tion Odéon-Théâtre de l’Europe ;

avec le sou­tien du Cercle de l’Odéon.

Aux Ate­liers Ber­thier, 1, rue André-Suarès, 75017 Paris. Tél. : 01–44-85–40-40.

Du mardi au samedi, à 20 heures , dimanche, à 15 heures. De 6 € à 36 €. Jusqu’au 1er juin.

Le texte de la pièce est dis­po­nible par exemple dans la col­lec­tion « Folio »(2013).

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