Philippe Jaffeux, Courants blancs

Odes aux lettres par les mots

Aux mots, Jaf­feux pré­fère les lettres. A cela, une rai­son d’évidence : nul besoin pour les secondes de res­pec­ter leur ortho­graphe… Mais il y a plus : la lettre se rap­proche du cri et du silence qu’à sa manière l’ordinateur revi­gore. Bref, la lettre est le pre­mier bond, celui d’avant le verbe — juste avant. D’une lettre à l’autre se mesure selon Jaf­feux la dis­tance du vide à l’enfance et de l’homme à la bête. Là où tout ne semble pas encore énoncé, le signe ne fait pas encore le singe comme Prigent avant l’auteur l’avait déjà sou­li­gné. Et l’auteur de sou­li­gner que « le silence pré­céda la parole afin que les lettres puissent aussi être vues sans être lues » (p. 52) — ce qui dans sa tête n’est pas qu’une argutie.

Les 26 lettres sont les 26 signes de force par où tout com­mence. L’auteur les fait fonc­tion­ner ici sous forme d’aphorismes et d’éléments denses comme — ailleurs — il mul­ti­plie les strophes intem­pes­tives, notes cri­tiques, expo­sants, afin d’en offrir le chant. Il com­mença chez le même édi­teur avec « O l’An ». Le texte pro­pose dans sa concen­tra­tion phras­tique une suite par séries de 26 cou­rants alter­na­tifs par page pro­pices à un autre appren­tis­sage de la lec­ture et afin que le voca­bu­laire ne creuse pas le lit du « caveau­bu­laire » (Prigent) et que l’enfant que nous fûmes ne se réduise pas à un « enfan­tôme ». D’une page à l’autre s’ouvre donc une série de champs séman­tiques. Ils relient autant l’homme à la bête que l’animal à l’intelligence. Le livre devient la taupe faus­se­ment dor­mante capable de décryp­ter les mes­sages sté­réo­ty­pés pour offrir une lec­ture tierce aux dicho­to­mies per­verses. Il prouve aussi que pour la lit­té­ra­ture l’avenir est dans les 26 œufs de lettres propres à toutes les omelettes.

jean-paul gavard-perret

Phi­lippe Jaf­feux,  Cou­rants blancs, Ate­lier de l’agneau, 2014, 80 p. — 16,00 €.

1 Comment

Filed under Chapeau bas, Poésie

One Response to Philippe Jaffeux, Courants blancs

  1. Arainn Mhor

    Avant pen­dant long­temps. C’est le péril des équi­libres. Après les élec­tro choc, c’est la pein­ture, l’équilibre des périls. Puis je goutte à l’hommelettre. Depuis je casse des oeufs de maux. Pour ten­ter des anneaux­mots. Ils sont les lèvres de ma bouche. Les o pas à pas. Qui scannent au plus près, adhèrent et tournent autour non des mots clés mais des mots verroux.

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