Jean-Guy Coulange, Tout commence par un bruit

Montrer le son

Jean-Guy Cou­lange est habi­tué à des cavales de l’ écri­ture. Sou­vent, il écrit des notes. C’est ce qu’il fait peut-être de mieux. Mais pour, entre autres, com­po­ser des chan­sons. Et du bruit. Pour preuve, ce mot est devenu titre de ce tome II des Car­nets sonores. A priori, il est chas­seur ou plu­tôt conser­va­teur pré­cieux des sons. C’est pour­quoi, et d’une cer­taine manière par l’écriture, il les prend à revers.

Mais dans ce livre, qui dépasse le simple registre des « notes », il pro­pose une ébauche auto­bio­gra­phique par la puis­sance des sen­sa­tions audi­tives. Sa prose poé­tique est nour­rie des sou­ve­nirs et se des­sine la bande-son de son road-movie lit­té­raire avec B.O. « brui­tistes ».
Appa­rem­ment, l’auteur ne fait pas de plan, même si ponc­tuel­le­ment il peut y avoir des nota­tions qui ne sont pas for­cé­ment “pro­gram­mées” par un énoncé logique. Une telle approche est donc plus pro­fonde et plus abs­traite que beau­coup d’auteurs approxi­ma­tifs : ceux-là (si l’on excepte Beckett) négligent les sen­sa­tions. Jean-Guy Coulange,lui, écrit pour tenir compte des « airs » du temps. Ici, la prose per­met d’écouter l’écrivant. Il est aussi artiste et pho­to­graphe. Mais ces arts et tech­niques a prima facie muets font par­ler les images et les mots.

Il rap­pelle de facto que – selon Scho­pen­hauer – « la musique est le plus abs­trait des arts » même si les sen­sa­tions brutes ou mesu­rées y sont consub­stan­tielles à sa nature ou matière. Son livre reste en consé­quence une errance à la fois géo­gra­phique et bio­gra­phique voire “his­to­rique” puisque les temps et les sons se mêlent.
Ces mor­ceaux du car­net II (com­po­sés ici d’une suite de la contre­basse de Nico­las Crosse, d’une déam­bu­la­tion à l’Ile de Groix et d’une conver­sa­tion avec Pierre Ber­gou­nioux) sont des expres­sions aussi intimes que majeures. Elles deviennent des échos et réfé­rences pour la lec­trice et le lec­teur. C’est d’ailleurs une constante dans l’œuvre. L’auteur se plaît avec iro­nie à culti­ver  de fausses tau­to­lo­gies. Pour preuve : si quelqu’un cherche de quoi par­ler, tout peut avoir l’air de par­ler pour rien, mais c’est bien au contraire de qui (et quoi) il s’agit.

De telles brèves sont donc de par­faites notes de sagesse qui divisent la notion méca­nique de temps et du son. Ces débuts mélangent des made­leines prous­tiennes. Cette série (deuxième mais en rien seconde) est donc une suc­ces­sions de rendez-vous avec ce qui est perçu, écouté passé, pré­sent ou dif­féré.
Une porte est tou­jours bat­tante. Elle s’entend.

jean-paul gavard-perret

Jean-Guy Cou­lange, Tout com­mence par un bruit, Les Presses du réel, 2024, 80 p. — 12,00 €.

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