Nadine Agostini, Dans ma tête

Les cru­ci­fixions de Nadine Agostini

A l’adresse d’un « tu » qui scande son texte, Nadine Agos­tini prend en revers les laïus. Elle ne se veut pas une « déviante » qui racon­te­rait ses dérives plus ou moins roman­cées dans une mou­vance du type Cathy Acker. La cavale est plus pro­fonde et pour­rait se résu­mer à une des affir­ma­tions adres­sées à son inter­lo­cu­teur ou plu­tôt son inter­lo­cu­trice : « tu n’as pas rêvé de tuer ton père ». L’auteure y son­gea. Sou­vent. Il y avait de bonne rai­son à cela… En une série de courtes affir­ma­tions, elle va au rendez-vous d’elle-même lais­sant fuser des images dou­lou­reuses et trau­ma­ti­santes. Res­tent bien sûr le géni­teur mais d’autres sou­ve­nirs encore : « tu n’as pas été ter­ri­fiée à la vue du cœur san­glant dans la main de Jésus à qui ce cœur à qui on l’a arra­ché et pour­quoi ils peignent des trucs aussi dégueu­lasses ». Ou encore « tu n’as pas été lavée dans une les­si­veuse ».

D’une vie mal embou­chée, Nadine Agos­tini tente de faire sor­tir un sens même s’il reste tel un pont sus­pendu au-dessus du vide et dénué de tout para­pet. Elle n’écrit que l’essence de ses troubles sans pré­voir de plan : tout avance par sauts dans l’espace et dans le temps. Elle passe d’un sujet à l’autre mais la logique d’ensemble est conduite par l’épreuve de la souf­france et du manque d’oxygène vital au nom des tor­tures subies : « tu n’as pas pleuré tan­dis que ton père tapait ta tête contre les murs jusqu’à ce que tu ne puisses plus rien entendre ». L’auteure ne cache rien mais sans exhi­bi­tions. Les frag­ments sont autant de cre­vasses et de fosses. Celles-ci per­mettent de faire bar­rage à la fuite des idées et à la confu­sion men­tale. Dans une rhé­to­rique inci­sive, Nadine Agos­tini s’élève contre les mises en scènes qui évi­te­raient de se pen­cher réel­le­ment sur ce qu a été com­mis.
A l’évènementiel fait place son exé­gèse. La créa­trice prouve qu’écrire est un acte majeur : il déborde de l’obscur et donne des armes pour bri­ser le statu quo de la vie subie dans le silence et les pleurs.

jean-paul gavard-perret

Nadine Agos­tini, Dans ma tête, Edi­tion de la salle de bain, Rouen, 2014.

1 Comment

Filed under Poésie

One Response to Nadine Agostini, Dans ma tête

  1. AGOSTINI Nadine

    Bon­soir,
    je tiens à vous adres­ser un très grand MERCI pour votre article.
    Il me fait vrai­ment plai­sir.
    Cor­dia­le­ment,
    Nadine
    P.S. : impos­sible à copier ! Pourriez-vous m’en adres­ser une copie ?

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