Marie-Laure Dagoit, Le pubis rasé et frais

La leçon d’esthétique ou le manuel de félicité

Marie-Laure Dagoit contre toute attente se fait par­fois maî­tresse de céré­mo­nie afin d’apprendre aux esthé­ti­ciennes en herbe com­ment être des pra­ti­ciennes au poil afin que les clientes, sitôt sor­ties, osent s’afficher nue aux yeux chan­tants de ceux dont elles espèrent le brame amou­reux en leur forêt rati­boi­sée. Dès le début du livre, tout est rac­cord : « Vis-à-vis de la clien­tèle, l’esthéticienne doit être cor­recte, propre et digne. Cor­recte. Elle doit por­ter des vête­ments entre­te­nus, des chaus­sures nettes, du linge non dou­teux. ». Adepte des désordres amou­reux mais tout autant de l’ordre et du soin, l’auteure enseigne l’art de rendre bien impec­cable la peau. Sans misé­ri­corde super­flue envers ses appren­ties, elle les pousse habi­le­ment à éradi­quer ce qui traîne entre les jambes afin de don­ner au pubis son velours. Il trans­forme dès lors les clientes en idoles et oda­lisques pour que l’ours hiberne et le mes­sie hen­nisse en titu­bant de désir. Conti­nue rea­ding

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Une année sans été (Catherine Anne/Joël Pommerat)

Un tableau léger, impres­sion­niste, suggestif

Des bruits de machine à écrire, la lumière découvre des dac­ty­lo­graphes de dos, affai­rées. On est dans une petite entre­prise fami­liale. On apprend qu’il s’agit de par­tir, pour l’un ou l’autre des pro­ta­go­nistes des scènes pré­sen­tées. Celles-ci consti­tuent des tranches de vie qui se suivent sans en avoir l’air, pro­dui­sant peu à peu une his­toire. Sa trame conjugue les thèmes du départ, de l’exil, de l’écriture et de la quête de soi, dans une intem­po­ra­lité ancienne, comme située dans un sus­pens du temps. Les per­son­nages sur­gissent subi­te­ment, expriment leurs sen­ti­ments de façon à la fois directe et réser­vée. Une uti­li­sa­tion mini­male, mais effi­cace de la lumière blanche, un accom­pa­gne­ment musi­cal spo­ra­dique, mais pré­gnant et déci­sif. La ten­sion du pro­pos se résout fina­le­ment dans une mise en pers­pec­tive historique.

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Silvia Bächli, Brombeeren

L’his­toire de l’œuvre est celle de l’image qui revient

Silvia Bächli  est inté­res­sée par l’énergie que l’imagination mobi­lise dans la créa­tion. A ce titre, son livre « Das » — pré­senté à le Bien­nale de Venise de 2008 -  est signi­fi­ca­tif. Das est à l’origine un livre expé­ri­men­tal de la poé­tesse danoise Inger Chris­ten­sen. Dans sa com­plexité  chaque lec­ture ren­voie à quelque chose ignoré aupa­ra­vant qui fait sur­face. A coup de rythmes et de répé­ti­tions, la langue glisse, dérape vers de nou­veaux champs afin  d’embrasser l’univers. Ce Das (ça)  sug­gère qu’il existe des choses et des états aux­quels les mots échappent. Le des­sin devient alors pour l’artiste une manière de trou­ver le mot juste. Il per­met de tirer une ligne de démar­ca­tion entre l’image et le sym­bole. A la Bien­nale de Venise, sur quatre grandes tables, les feuilles étaient dis­po­sées de trois côtés sur la sur­face rou­geâtre du bois. Les des­sins étaient vus de face et à l’envers. Ils gar­daient une dis­tance avec les feuilles comme on la garde avec les livres. Ajou­tons que dans la grande salle a Venise où se trou­vait l’installation Das  le spec­ta­teur fai­sait, avec de la craie aux semelles, un des­sin spa­tial comme dans une pati­noire : il inven­tait sans le savoir des liens, des filets dans l’espace. Conti­nue rea­ding

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André Du Bouchet, Sans couvercle

André Bou­chet : ouverture

Après l’édition ori­gi­nale en 1953 chez GLM, cette repu­bli­ca­tion de Sans cou­vercle  per­met de remon­ter dans le « gre­nier » du poète et de répondre à son injonc­tion : « Mots puisque vous êtes par­lez». Mais refu­sant de les tas­ser et de les ran­ger sous la pous­sière de poutres faî­tières et selon l’économie poé­tique et nar­ra­tive tra­di­tion­nelle, Du Bou­chet les semait déjà par touffes éparses, les lan­çait à l’air libre afin d’en défaire la pier­raille et pour que de l’ombre jaillisse la clarté de leurs étoiles tel­lu­riques. Conti­nue rea­ding

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Au rendez-vous des amis – 2 , Jehan Van Langhenhoven, Paul Sanda, Christophe Dauphin, Yves Martin, Sabine Huynh, Guy Chambelland.

Long­temps après que les poètes aient disparu

Qui se sou­vient aujourd’hui d’Yves Mar­tin et de Guy Cham­bel­land ? Ils sont deve­nus des oubliés magni­fiques aux­quels Le Rendez-vous des amis  redonne vie. Mais ce volume fait encore mieux : il mêle les dis­pa­rus aux vivants qui sont tous « por­teurs de clés » selon l’expression de Chris­tophe Dau­phin. Les poètes réunis ont en effet lutté ou luttent contre la dépos­ses­sion de l’être en lui ouvrant des uni­vers aussi neufs que pri­mi­tifs. Le rêve demeure donc contre les vents et les marées de nos temps de crise. Les œuvres ras­sem­blées épousent leurs méandres tout en demeu­rant atten­tives à l’ivresse et la bri­sure qui ne feraient plus des hommes les simples créan­ciers des banques et des pou­voirs suceurs de sang. Conti­nue rea­ding

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