Nicolas Arispe, Le Livre

Et Dieu dit : que l’obscurité soit !

La pro­po­si­tion peut sur­prendre d’emblée, sur­tout si l’on s’arête, per­plexe, sur l’énigmatique cou­ver­ture de ce mixte entre bande des­si­née et beau livre : l’Argentin Nico­las Arispe, comme il s’en explique dans sa post­face, a voulu s’inspirer de l’éducation qu’il a reçue dans une école reli­gieuse pour pro­po­ser sept his­toires sym­bo­liques qui revi­sitent rien moins que la Bible ! Et voici com­ment la créa­tion du monde par Dieu, le sacri­fice d’Abraham, la venue de l’Ange ven­geur, les doutes de Job, les lamen­ta­tions de Jéré­mie, la pro­phé­tie d’Ezéchiel et la puni­tion de Jonas per­mettent à tout lec­teur, qu’il soit reli­gieux ou non, d’avoir accès à sept livres de l’Ancien Tes­ta­ment – mais par le biais  d’un sombre roman, aussi gra­phique que solen­nel, nous confron­tant de manière au moins ori­gi­nale  avec des ani­maux anthro­po­morphes. Conti­nue rea­ding

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Philippe Sergeant, Gilles Deleuze, l’automate spirituel. De l’art monographique

Entre deux eaux

« Nous ne pré­ten­dons pas être deleu­ziens » : telle est la conclu­sion de Phi­lippe Ser­geant. Du phi­lo­sophe, il retient « la cri­tique radi­cale de la pen­sée dog­ma­tique ». Mais — et à son cor­pus défen­dant — la pen­sée deleu­zienne a néan­moins éta­bli une nou­velle doxa. Preuve que Deleuze avait rai­son lorsqu’il écri­vait qu’il existe « un bloc mono­li­thique » au fond de l’esprit. Cha­cun, par sécu­rité, pré­fère assu­rer ses arrières avec une pen­sée de réfé­rence qui devient un « amor fati ».

A l’effraction pro­po­sée par Deleuze, à son dyna­misme, la pen­sée — en son nom — a répondu en se  repliant sur un nou­veau « quant à elle ». Conti­nue rea­ding

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La justicière non masquée : entretien avec l’artiste Catherine Ursin (Mordre)

Par ses splen­deurs bar­bares, Cathe­rine Ursin invente un uni­vers étrange, sau­vage, ani­mal et sexué. Le tout en un art pre­mier. Il s’agit d’une maté­ria­li­sa­tion para­doxale de l’être et du monde que la mise en abyme du pre­mier dans le second. La pein­ture trouve là une force aussi éro­tique que méta­phy­sique. . Existe la quête de l’identité là où les êtres semblent sai­sis d’un arrêt sur image qui les fixe dans leurs mou­ve­ments telles des pré­sences énig­ma­tiques et expres­sion­niste entre le téné­breux que lumi­nes­cent.
L’œuvre est vio­lente, imper­ti­nente, fra­cas­sante et drôle — mais au second degré. Il ne s’agit plus de mettre sur la rétine du pos­tiche ou du fan­tasme dans le men­tal. La sur­face n’est plus l’infirmière impec­cable des iden­ti­tés. L’imaginaire ne cesse de la tarau­der. Tout se met à flot­ter, à fluc­tuer en diverses dérives qui ouvrent des seuils et des tor­sions. Conti­nue rea­ding

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Hélène Becquet, Louis XVII

Louis XVII, l’enfant martyr

On ne compte plus les bio­gra­phies de Louis XVII, le roi-enfant, mort mar­ty­risé dans la pri­son du Temple en 1795 à l’âge de dix ans. Il n’y a donc plus rien à apprendre.
Celle de Hélène Bec­quet se dis­tingue néan­moins des autres car elle pro­pose une bio­gra­phie du petit roi que l’on pour­rait qua­li­fier de poli­tique. Cela peut paraître curieux pour un enfant qui n’a en fait pas gou­verné. Pour­tant, l’étude montre qu’il fut dès le début de la Révo­lu­tion un objet poli­tique. Conti­nue rea­ding

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Colette Prévost, Rouge sang-dragon

Quand la poé­sie ense­mence les cendres du réel et de l’art

En poé­sie, la ligne droite n’est pas for­cé­ment le plus sûr moyen d’aller d’un point à un autre. Fallait-il pour autant trans­for­mer, comme le fait Colette Pré­vost, ce qui aurait du être un poème en prose en poème ver­si­fié ? Le choix « ver­si­fi­ca­toire » enlève son épais­seur à l’écriture. Sa scan­sion ne se jus­ti­fie pas et à l’inverse exfo­lie le pro­pos. Ecrit à l’ombre des Stèles de Sega­len pour clés, le texte est un hom­mage aux tableaux de Max Mitau. Colette Pré­vost rend plus qu’un hom­mage à une œuvre où le pig­ment crée « la fièvre » de pan­neaux « arté­riels » . Cette pein­ture peut sem­bler secon­daire mais reste néan­moins le beau pré­texte à une écri­ture qui non seule­ment donne au tra­vail de Mitau un lustre par­ti­cu­lier mais offre à la poé­sie dans le noir et le blanc un « rouge sang-dragon ». Conti­nue rea­ding

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