Arnaud Maïsetti, Bernard-Marie Koltès

Ailleurs et maintenant

Bernard-Marie Kol­tès (1948 — 1989) est un auteur d’exception. Pour « happy few » diront cer­tains. Il a connu pour­tant et connaît un suc­cès popu­laire inter­na­tio­nal. Il reste un des auteurs fran­co­phones les plus joués dans le monde en dépit de sa brève car­rière. Très tôt – un peu comme Ché­reau qui lui fut proche – il se donna dès 20 ans un pacte avec lui-même devant un théâtre de Stras­bourg : « être soi-même l’auteur de sa vie ». Cela imposa une morale et une loi : le désir et la beauté.
Même si par­fois le pre­mier passa au second plan par rap­port à l’implication de faire œuvre, ce qui ne s’imbrique pas for­cé­ment avec la vie amou­reuse que l’auteur du livre traite avec pudeur. Il sait en effet que retra­cer la pré­ten­due inti­mité est tou­jours déli­cat et entraîne sur des voies qui ne sont pas for­cé­ment les « bonnes ». Conti­nue rea­ding

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Wilfrid Lupano & Jean-Baptiste Andreae, Azimut — t.4 : Nuées noires, voile blanc

Quand l’inventivité prime…

Les uni­vers de Wil­frid Lupano se suivent mais ne se res­semblent pas. Quels liens peut-on faire entre cette série si inven­tive, ce conte aussi ingé­nieux que riche en péri­pé­ties et Tra­que­mage, sa nou­velle série chez Del­court où il met en scène un ber­ger tra­quant les magi­ciens qui ont la mau­vaise idée de lui pour­rir la vie ?
Avec Azi­mut, le scé­na­riste joue une sym­pho­nie basée sur les consé­quences de la perte de repères dans une civi­li­sa­tion. Il a com­mencé avec la dis­pa­ri­tion du Nord et com­pli­qué les évé­ne­ments en dérè­glant le temps avec toutes les varia­tions qu’on peut trou­ver. Conti­nue rea­ding

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Antoine Emaz & Magali Latil, Plein air

L’Avant 

Antoine Emaz et Magali Latil ne pou­vaient que se ren­con­trer : la seconde crée des images (ou ce qui en reste) à peine cris­tal­li­sées sur le sup­port, le pre­mier donne au réel non une consis­tance mais ce qui s’y dérobe. Bref, chez l’un comme chez l’autre plus rien ne « colle ». L’image et le texte tentent de se res­sour­cer tou­jours à l’espace du blanc, à l’immaculé d’une sur­face « d’impression ». Mais ils ne peuvent en offrir qu’une ponc­tua­tion exas­pé­rée dans des espaces non mor­dan­cés au moment où quelques lignes se concentrent non pour une expan­sion du monde mais pour sa rétrac­tion. Les deux créa­teurs répondent ainsi à ce que Beckett deman­dait : “la ten­dance artis­tique n’est pas expan­sive mais une contrac­tion”. Conti­nue rea­ding

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Dominique Robin et le « sur quoi ? » de l’art : entretien avec l’artiste (La maison oubliée)

Domi­nique Robin ( photo Thierry Oli­vier ) est un insa­tiable rêveur. Dans La mai­son oubliée  l’artiste a écrit des his­toires qui donnent sens par la bande à ses images à tra­vers ses sou­ve­nirs :
« Quand j’étais étu­diant, il m’est arrivé d’aller à la faculté
en voi­ture et de reve­nir en trans­ports en com­mun.(…)
Dans la nuit, ma 4L bleu roi, seule sur l’immense
par­king du cam­pus, me reve­nait alors en mémoire.
Et je pen­sais à un détail : mon pan­ta­lon de pyjama
en boule sur le siège arrière de la voi­ture. »

Surgit de telles évo­ca­tions moins une mélan­co­lie que le moyen de sol­li­ci­ter l’imaginaire et d’habiter au mieux ce que Bache­lard nomme « la mai­son de l’être ». L’espace men­tal et l’espace réel se super­posent en un milieu inter­lope mais où chaque « pièce » est habi­tée. Il suf­fit d’ouvrir bien des portes pour atteindre un laby­rinthe optique dans le blanc et le noir qui servent d’appel là où tout semble par­fait mais où rien n’est à sa place. L’inverse est vrai aussi. Conti­nue rea­ding

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Laura Kasischke, Si un inconnu vous aborde

Ameri­can beauty manière littéraire

Laura Kasi­schke — roman­cière et poé­tesse — est aussi nou­vel­liste. Si un inconnu vous aborde illustre la force d’une écri­ture qui mêle le sur­na­tu­rel au quo­ti­dien dans le Michi­gan des classes moyennes. Il y a là de l’ Ame­ri­can beauty manière lit­té­raire. Comme dans ce film, le monde semble condamné à l’ennui même si par­fois des évé­ne­ments « fan­tas­tiques » s’y pro­duisent. Mais la plu­part du temps la nou­vel­liste se « contente » de pous­ser jusqu’à l’extrême le non-sens de la vie telle qu’elle est. Pour trom­per la mono­to­nie, les mariages deviennent des pré­textes à dérou­ler des « kilo­mètres de satin blanc » dans des pompes quasi funèbres de cir­cons­tances. Conti­nue rea­ding

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