Anne Rolland-Boulestreau, Les colonnes infernales. Violences et guerre civile en Vendée militaire (1794–1795)

En Ven­dée, on tue tout le monde mais ce n’est pas un génocide

On ne peut que se féli­ci­ter de la publi­ca­tion d’un ouvrage spé­ci­fi­que­ment consa­cré aux colonnes infer­nales, ces groupes de sol­dats qui mas­sa­crèrent la popu­la­tion ven­déenne, sans aucune dis­tinc­tion de sexe ou d’âge en 1794–1795 alors que la guerre était gagnée sur le ter­rain par l’armée répu­bli­caine. Le livre d’Anne Rolland-Boulestreau apporte une mul­ti­tude d’informations pui­sées dans les archives mili­taires. En ne limi­tant pas ses ana­lyses à la ques­tion des mas­sacres – sur laquelle nous allons reve­nir –, elle donne une hau­teur de vue à son tra­vail tout à fait remar­quable. Et c’est en uti­li­sant les concepts les plus récents de l’historiographie mili­taire qu’elle tente de com­prendre ce qui a bien pu se pas­ser en Ven­dée pen­dant ces mois ter­ribles. Conti­nue rea­ding

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Serge Brussolo, Anges de fer, paradis d’acier

Qui de l’humain ou des dieux…

Une fois encore l’imagination sans limites de Serge Brus­solo fait mer­veille pour une intrigue mus­clée où le sus­pense ne se démet pas. Il mul­ti­plie les trou­vailles tant tech­niques, tech­no­lo­giques que de situa­tions. Il inclut, dans son récit, nombre de concepts, de sujets tou­chant notre société. Ainsi, il aborde la reli­gion et les reli­gieux qui se servent de celle-ci pour assou­vir leur soif de pou­voirs, d’avantages de toutes natures, qui uti­lisent de dieux, dont ils s’autoproclament les repré­sen­tants, pour assou­vir des masses de fidèles à la manière des meilleurs des­potes. L’auteur s’attaque aux dieux, eux-mêmes, à la notion de déité, en en fai­sant une des­crip­tion extra­or­di­naire. À côté d’eux, tous les excès des ténors de la mytho­lo­gie grecque, par exemple, ne sont que brou­tilles et enfan­tillages. Il ima­gine une remise à zéro sécu­laire pour ces socio­pathes, afin d’effacer de leur mémoire toutes les vil­lé­nies, dont ils sont res­pon­sables, qui pour­rait géné­rer des regrets, voire des remords.
Il aborde l’eugénisme, cette mise en avant de la jeu­nesse, au détri­ment de l’âge adulte et l’âge mûr. Il s’amuse à ani­mer des jeunes sans expé­riences, per­sua­dés de tout savoir, des jeunes loups pour qui rien n’existait avant leur arri­vée, inti­me­ment per­sua­dés que le monde ne s’est créé qu’avec eux. Il joue avec toutes les varia­tions pos­sibles, ne sol­li­ci­tant aucun frein. Il met en scène des rajeu­nis­se­ments de toutes natures, invente l’AAAA, l’accession accé­lé­rée à l’âge adulte…

Bien qu’il soit tou­jours le camer­lingue en titre du clone de Natha­nos III, le pape de L’Église du Par­don Uni­ver­sel Inter­ga­lac­tique, David Sarella est en dis­grâce. Sous cou­vert du titre ron­flant de super­vi­seur de la haute ligne de défense, il n’assure que des tâches admi­nis­tra­tives. Pour­tant, les artilleurs ont fort à faire face aux avions kami­kazes, bour­rés d’explosifs, qui tentent de détruire la for­te­resse. Les car­casses des bom­bar­diers abat­tus s’entassent autour des murailles for­mant une jungle où se déve­loppe un étrange peuple créé à par­tir des sur­vi­vants par des méca­bots et des médi­bots. Ces robots sont conçus pour impro­vi­ser, adap­ter tout ce qu’ils trouvent en armes des­truc­tives ; pour répa­rer les humains coûte que coûte.
Au cours d’une mis­sion à haut risque dans la zone, David acquiert la cer­ti­tude que la for­te­resse est sapée et va s’écrouler bien­tôt. Le pape, pré­venu, avait une solu­tion de repli. L’Église a acquis Almoha, une pla­nète sau­vage et inha­bi­table. Le ter­ra­for­mage est long et le temps presse. Seules des enti­tés divines peuvent rapi­de­ment trans­for­mer ce désert en nou­veau sanc­tuaire de Natha­nos III. Or, ces dieux ont été enfer­més par les humains. C’est David, sa fille July, et une équipe triée sur le volet qui doivent en déli­vrer trois de leur pri­son et les for­cer à faire le tra­vail attendu. Mais une sur­prise de taille les attend. Pour anni­hi­ler leurs pou­voirs, les dieux ont été décou­pés et les mor­ceaux dis­per­sés. Leur assem­blage doit se faire sans erreur car celle-ci déclen­che­rait une défla­gra­tion d’énergie équi­va­lente à celle d’une bombe ato­mique. Et puis, un mor­tel peut-il se faire obéir de dieux qui sont des monstres d’égocentrisme, des sociopathes ?

Avec David Sarella, Serge Brus­solo repro­pose Almoha, un lieu emblé­ma­tique de son œuvre, un lieu qu’il a mis, pra­ti­que­ment, à toutes les sauces. Il serait inté­res­sant que quelque exé­gèse dresse une liste des dif­fé­rentes formes qu’Almoha a pu prendre jusqu’ici. Il place nombre de réflexions per­ti­nentes, de opi­nions amu­santes, des traits d’humour acé­rés. Ainsi, il pro­pose des dieux à l’allure com­mune, sans rap­port avec la repré­sen­ta­tion qui peut en être faite dans Le Cré­pus­cule des dieux, en remar­quant : “…la bana­lité phy­sique n’exclut pas la volonté de puis­sance.”, une remarque qui touche bien des hommes poli­tiques.
Avec ce nou­vel uni­vers, Serge Brus­solo offre un véri­table feu d’artifices d’inventions, de situa­tions déca­lées, angois­santes à sou­hait, avec un sens du récit qui n’appartient qu’à lui.

serge per­raud

Serge Brus­solo, Anges de fer, para­dis d’acier, Folio SF, mai 2015, 464 p. — 8,00 €.

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Marylin Minter, Plush

Mary­lin Min­ter : Les infantes d’eau

Mary­lin Min­ter ren­verse les stan­dards de repré­sen­ta­tion de l’intimité fémi­nine. Celle-ci brille par effet aqueux. Il n’existe pas d’éléments conton­dants pour l’importuner. Tout se joue entre sens et essence selon une poé­sie aussi radi­cale (a priori) que déca­lée par effet de buées. D’une cer­taine manière, Eros fait le vide autour de lui. Il ne conduit à rien. Il conduit à tout. La fleur est là sai­sie avec atten­tion et ten­dresse. Elle est à peine effeuillée. Demeure son mys­tère. Il ne s’agit pas de l’envahir. Conti­nue rea­ding

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Guillaume Decourt, Diplomatiques

A l’épreuve du temps

A tra­vers l’écriture de Guillaume Decourt les marbres sont enle­vés au pro­fit de boules de vie. Elles se déplacent d’une page à l’autre entre les dif­fé­rents moments qu’évoque le poète. Il sai­sit le réel par les che­veux mais tou­jours avec dou­ceur et par­fois déta­che­ment. Le diable se fau­file ça et là dans les sou­ve­nirs mais de manière émou­vante. Voici l’écriture grave d’un homme en fête, celle légère d’un être sérieux qui se décrit tel « petit au regard de faune / un jour d’Intifada » L’œuvre ouvre à la réflexion face à une divi­sion bipo­laire du monde. Elle ne glisse rien sous le tapis mais évite le scep­ti­cisme qui embrume trop sou­vent la poé­sie. Elle est sûre de son coup : sans doute parce que Decourt cultive la bien­veillance amu­sée en tant que poé­tique et éthique. Conti­nue rea­ding

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Les lys et la république. Henri, comte de Chambord. 1820–1883 (dir. Emmanuel de Waresquiel)

Le per­dant de l’histoire

L’his­toire est impla­cable pour les per­dants. Mais est-elle injuste ? En ce qui concerne le comte de Cham­bord, qui aurait dû régner sous le nom d’Henri V, elle est sévère et avec jus­tice. C’est ce que démontre la pas­sion­nante publi­ca­tion d’une jour­née d’études consa­crée à ce per­son­nage encore méconnu, sous la direc­tion d’Emmanuel de Wares­quiel. Petit-fils de Charles X, il est « l’enfant du miracle » né quelques mois après l’assassinat de son père le duc de Berry. Sa nais­sance, qui sauve de l’extinction la dynas­tie des Bour­bons déjà mal au point, pro­voque une vague d’enthousiasme dans le pays et sur­tout dans le monde légi­ti­miste. Mais suite à la révo­lu­tion de 1830, il accom­pagne son grand-père sur les routes de l’exil, dans un périple dont on ne sait s’il fut digne ou pathé­tique (Hilaire Mul­ton). Il est vrai qu’avec une figure tuté­laire telle que l’ancien comte d’Artois, véri­table catas­trophe ambu­lante pour la monar­chie, dont l’action poli­tique – ou l’inaction – n’engendra que des catas­trophes, le petit duc de Bor­deaux com­men­çait mal sa car­rière. Conti­nue rea­ding

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