Celle qui a renoncé à la paresse : entretien avec Pascale Favre

Loin de tout roman­tisme, le tra­vail de mémoire de Pas­cale Favre exploite à des­sein le des­sin pour com­plé­ter les trous d’oubli du lan­gage écrit qu’au besoin elle scé­na­rise. Il y a donc là tout un jeu de « mémoires de mémoires » où — astuce majeure — la voix de l’auteure reste « sourde », faus­se­ment naïve car jamais dupe du « caché». L’oubli rentre dans un jeu autant de pré­ser­va­tion que de mise à dis­tance non seule­ment du passé mais du bel aujourd’hui. Dans ces dif­fé­rentes trames, textes et des­sins naviguent entre bio­gra­phie et fic­tion et deviennent des prin­cipes de varia­tion qui mettent en évidence ce qu’il en est de l’humain en l’ouvrant sur la ques­tion de la perte (de mémoire, de lieu, de genre) au moment où le réel lui-même est traité comme un décou­page, un démem­bre­ment. L’artiste et auteure cir­cons­crit des “ visibles ” per­dus ou enfouis qu’elle « fic­tionne » par­fois. De la sorte, elle pré­cise par ten­ta­tives suc­ces­sives que la nuit est dans le jour, que le jour est dans la nuit.

Entre­tien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le réveil en hiver, la lueur du jour en été et les pro­jets à venir tout au long de l’année.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Je trotte sans mon­ture dans le domaine artis­tique. Conti­nue rea­ding

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Hicham Lasri, C’est eux les chiens

Une vraie merveille

Si vous avez man­qué de voir sur grand écran C’est eux les chiens d’Hicham Lasri, précipitez-vous sur le DVD, sans vous lais­ser rebu­ter par le slo­gan mal­venu dont il est affu­blé (“Un road-movie punk au cœur du Prin­temps arabe“) : ce film n’a de punk que le fond sonore du géné­rique de fin, il n’est pas plus assi­mi­lable à un genre défraî­chi que Pro­fes­sion : repor­ter d’Antonioni, et le Prin­temps arabe n’y sert que de pré­texte à un récit dont la por­tée (uni­ver­selle) témoigne du talent pro­di­gieux de son auteur. Conti­nue rea­ding

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Emanuelle Urien & Manu Causse, Du temps de cerveau disponible

Fils de pub

 L’ori­gine du titre ren­voie à une for­mule  de Patrick Le Lay (alors PDG de TF1) ayant sou­levé un tollé  en 2004 lorsque,  inter­rogé parmi d’autres patrons dans l’ouvrage  Les diri­geants face au chan­ge­ment (Edi­tions du Hui­tième jour), il affir­mait :” Il y a beau­coup de façons de par­ler de la télé­vi­sion. Mais dans une pers­pec­tive ”busi­ness”, soyons réa­liste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son pro­duit (…). Or pour qu’un mes­sage publi­ci­taire soit perçu, il faut que le cer­veau du télé­spec­ta­teur soit dis­po­nible. Nos émis­sions ont pour voca­tion de le rendre dis­po­nible : c’est-à-dire de le diver­tir, de le détendre pour le pré­pa­rer entre deux mes­sages. Ce que nous ven­dons à Coca-Cola, c’est du temps de cer­veau humain dis­po­nible (…). Conti­nue rea­ding

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Pierre Manuel, Claude Viallat, marques et passages

« Au com­men­ce­ment la répétition »

A l’espace balisé du « cadre » étroit de la toile ou du drap et ses conduites for­cées, Claude Vial­lat pro­pose d’autres « prises » et bali­sages sous effets de répé­ti­tions de motifs ou plu­tôt de leurs varia­tions. Pierre Manuel les expli­cite en 5 « leçons ». Il prouve com­bien l’artiste sait fran­chir la fron­tière de la repré­sen­ta­tion par ce qui touche à notre plai­sir, à notre jouis­sance et, sans doute, à nos pos­si­bi­li­tés d’angoisse puisque nos cer­ti­tudes se voient inter­pe­lées par ces tra­ver­sés et ces « marques ». Conti­nue rea­ding

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Eugène Savitzkaya, Fou Civil

Euge­nène Savitz­kaya, le Gree­na­way littéraire

Généra­le­ment, Eugène Sav­tiz­kaya est un homme rangé. Si l’on en croit son livre fait de frag­ments, poèmes en proses, courts récits ou mani­festes, il lui arrive « de dor­mir sur un trot­toir dans son vomi ou de sau­ter sur son mate­las ». Il y a chez lui du Ché­reau, du Kol­tès (il a été d’ailleurs comme lui  publié aux Edi­tions de Minuit). Pris d’un mou­ve­ment inces­sant, l’auteur y trouve le moyen de tra­quer l’animal humain, le rame­nant par­fois au peu qu’il est : « je choie sous un rocher, confor­ta­ble­ment accroupi, je grave une vulve dans le plâtre des latrines ». Conti­nue rea­ding

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