Bernard Cottret, La Révolution anglaise 1603–1660

Une étrange révolution

Rien n’est plus dif­fi­cile que de défi­nir les événe­ments qui frappent l’ensemble des îles bri­tan­niques, et plus par­ti­cu­liè­re­ment l’Angleterre, pen­dant tout le XVII° siècle. En effet, deux révo­lu­tions, l’une dans les années 1640, l’autre en 1688–89, abou­tissent au sys­tème de la monar­chie par­le­men­taire qui sub­siste encore de l’autre côté de la Manche. C’est à la pre­mière vague que s’intéresse Ber­nard Cot­tret dans un livre pas­sion­nant. Dense, l’ouvrage l’est par les connais­sances qui s’empilent au fil des pages. Fort heu­reu­se­ment, la clarté du pro­pos, la lim­pi­dité de la langue et l’esprit dis­tant et un brin iro­nique de l’auteur en rendent la lec­ture très agréable, même si un cer­tain nombre de per­son­nages sont d’illustres incon­nus pour le grand public et le res­te­ront. Conti­nue rea­ding

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Linda Pastan, Une Semaine en avril

New-York, New-York

Linda Pas­tan est née en 1932 dans une famille juive du Bronx. Elle vit à Poto­mac dans le Mary­land — mais New-York n’est jamais loin de ses pré­oc­cu­pa­tions. Elle a écrit entre autres A Per­fect Circle of Sun (1971), The Five Stages of Grief (1978), Tra­vel­ling Light (2011) et une série de choix de poèmes nomi­nés pour « The Natio­nal Book Award ». Elle a col­lec­tionné les récom­penses pour son oeuvre poé­tique : un « Dylan Tho­mas Award », le « Di Cas­ta­gnola Award », « the Bess Hokin Prize », « The Mau­rice English Award » , the Cha­rity Ran­dall Cita­tion, « the Ruth Lilly Poe­try Prize » et un « Rad­cliffe Col­lege Dis­tin­gui­shed Alum­nae Award ». Encore incon­nue en France, Ray­mond Farina per­met de la décou­vrir dans un choix de poèmes signi­fi­ca­tifs. Conti­nue rea­ding

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Virginie Rebetez, Out of the Blue

Enquête filée et défilée

L’uni­vers pho­to­gra­phique de Vir­gine Rebe­tez est com­po­site. Il se double de divers autres maté­riaux, docu­ments et mediums et prouve qu’il ne pro­met pas for­cé­ment ce qu’on attend de lui. Sor­tant le por­trait du por­trait, l’artiste l’arrache au monde de l’hypnose pour le glis­ser dans celui de la ges­ta­tion au sein d’une enquête reprise et filée selon des cri­tères pas for­cé­ment “poli­ciers” et poli­cés. Tout part pour­tant d’un fait vrai : la dis­pa­ri­tion à Albany (New-York) d’une jeune amé­ri­caine de 19 ans. Dis­pa­rue en 1998, le corps de Suzanne Glo­ria Lyall n’a jamais été retrouvé et sa dis­pa­ri­tion reste une énigme. Pour com­men­cer son enquête, la jeune artiste a eu accès grâce à la famille de la dis­pa­rue à de nom­breux dos­siers, docu­ments et objet. Et les fait jouer en ce qu’elle nomme le « recto-verso, le visible et le hors-champ » en y mêlant ses propres docu­ments jusqu’à recréer une autre his­toire avec d’autres per­son­nages. Cette approche ouvre à une mul­ti­tude frac­tion­née ou le bal­bu­tie­ment d’une ombre (on ne voit jamais la “vraie” photo de la dis­pa­rue) tente la reprise d’un “qui elle est” ou un “si elle est” à tra­vers le “qui je suis” et le “si je suis” (Beckett) de Vir­gi­nie Rebe­tez. Conti­nue rea­ding

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Kafka-Fragmente (Franz Kafka/Antoine Gindt/György Kurtág)

Un chef-d’oeuvre en éclats

Kafka-Fragmente, une œuvre pour Soprano et vio­lon de György Kur­tag a été créée le 25 avril 1987 à Wit­ten, et donné plu­sieurs fois depuis  en ver­sion de concert. Antoine Gindt en a pro­posé une pré­sen­ta­tion scé­nique en 2007 reprise au théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet du 19 au 22 mars 2015.  Kur­tag, musi­cien dis­cret, a atteint une répu­ta­tion inter­na­tio­nale ; il pri­vi­lé­gie les formes courtes et asso­cie la voix à des for­ma­tions réduites, dans un raf­fi­ne­ment sonore et un mini­ma­lisme qui font de lui un minia­tu­riste digne de la tra­di­tion du madri­gal. Pour­tant, Kafka-Fragmente  est un chef-d’œuvre de 56 minutes qui réunit une série de frag­ments extraits du jour­nal et de lettres de Franz Kafka : de simples apho­rismes, des pen­sées sont pro­pul­sés dans une inter­ac­tion musi­cale très étroite entre la voix et le vio­lon qui se répondent, se dis­so­cient ou se frôlent.


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Patrick Modiano, Discours à l’Académie suédoise

Face au silence

A qui igno­re­rait l’oeuvre de Modiano, son Dis­cours (le pre­mier pro­noncé par l’auteur et on le croit aisé­ment) sera la par­faite pro­pé­deu­tique. L’auteur défi­nit « par lui-même » sa quête avec sim­pli­cité, humour, clarté et conci­sion. Tout est expli­cité et en par­ti­cu­lier la source de l’œuvre : « voilà pour­quoi le Paris de l’Occupation a tou­jours été pour moi une nuit ori­gi­nelle » pré­cise celui qui sans elle ne serait jamais né, n’aurait — peut-être — jamais été écri­vain. Il rap­pelle com­bien les thèmes majeurs (la dis­pa­ri­tion, l’identité, le temps) sont liés à la topo­gra­phie et la poé­tique de Paris. Modiano est à ce titre l’héritier de Bau­de­laire et Proust. Mais il sou­ligne que les temps ont changé. La ten­ta­tive prous­tienne n’est plus pos­sible car la société a perdu son carac­tère « stable ». Il n’est plus pos­sible de res­sai­sir les assises et les arêtes du réel. Conti­nue rea­ding

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